prsentation contacts partenaires abonnez-vous à la lettre électronique Retour  l'Accueil
Loading
Les Controverses européennes de Marciac
Café-débat à Marciac
Le Café de l’Agriculture
Nos publications
Chroniques "Le pas de côté"
En collaboration
Nos sélections
Produits de terroir, appellations d’origine et indications géographiques.
Perturbateurs endocriniens : le bruit du silence  
Modèle productiviste : ces agriculteurs qui sortent du rang 
To be or not to be… an OGM ? 
La nature, la technique et l’homme : la guerre des Trois aura-t-elle lieu ?
Les vendredi 28 et samedi 29 juillet 2017, à Marciac (Gers)
Les 23èmes Controverses européennes de Marciac
en savoir+
    Abonnez-vous à notre flux RSS  
Café-débat de Marciac. 10 mars 2005
Faut-il en finir avec le développement durable ?
Avec François de Ravignan, agro-économiste, administrateur de l’ADEAR 11 (Association pour le développement de l’emploi agricole et rural dans l’Aude). Il publie de nombreux articles ré-interrogeant le concept de développement durable. Extraits.
La faim pourquoi ? François de Ravignan

« On est toujours dans la logique pays riches- pays pauvres. Par exemple on nous dit que "les pays pauvres" demandent que les marchés occidentaux soient davantage ouverts à leurs produits ; il peut en effet avantager les commerçants et le gouvernement de la Côte d’Ivoire de vendre davantage d’ananas et de bananes ; mais cela est-il un réel avantage pour les paysans locaux ? Il semble que l’on ne se soit pas encore aperçu - à moins qu’on ne le veuille pas - que la réalité est plus complexe, et même autre, à savoir qu’il y a, dans les pays dits pauvres, des riches qui décident pour les pauvres ; et dans les pays dits riches, des pauvres qui ne décident de rien.

 

Quant au concept de développement durable (sustainable development), nous apprenons qu’il a trouvé son origine dans le rapport, publié en 1987, dans la commission des Nations-Unies pour l’environnement et le développement, présidé par le premier ministre norvégien Gro Harlem Bruntland en 1983, sous le titre "Our common future". Il est repris à son compte, sans guère de critique, dans les colonnes du Monde (1), par Amartya Sen, prix Nobel d’économie. Or ce concept n’est ni technique, ni scientifique, mais purement idéologique. Le développement durable est avant tout destiné à faire durer le développement. Et qu’est-ce que le développement, dans son acception courante ? C’est l’idée que la croissance matérielle est la base essentielle du progrès de l’humanité vers plus de bien-être ; avec pour corollaire le concept de "trickle down", à savoir que la croissance de la production matérielle est, de facto, profitable à plus ou moins long terme à toute la population. Ce dernier concept se fonde sur l’expérience occidentale du XXème siècle, mais il n’est valable ni pour l’Europe du XIXème siècle, ni pour les autres régions du monde comme de nombreux chercheurs l’ont démontré (par exemple Mahbub ul Haq dès les années soixante-dix) et comme bien des exemples l’ont illustré. Il faut aujourd’hui affirmer non seulement que la croissance n’améliore pas nécessairement le sort des gens, mais qu’une telle amélioration peut se réaliser sans croissance performante, peut-être même avec une stagnation du produit ou même une décroissance (en tout cas de la production exportable). La croissance, en Europe continentale dans la première moitié du XIXème siècle, avant le grand déploiement industriel, a été certainement très modeste ; elle fut principalement celle de l’agriculture et ne devait guère dépasser ce 1 % qu’on considère aujourd’hui en France comme catastrophique. Il n’empêche que c’est à cette époque que la disette a vraiment reculé de façon stable... A la même époque, en Haïti, la suppression de nombreuses plantations coloniales de café et de cacao a pu passer pour une catastrophe économique, la production exportable du pays en ayant été profondément diminuée. On ne dira pas que ce ne fut pas un progrès pour les paysans qui développèrent alors des cultures de subsistance. On peut probablement en dire autant de l’évolution de l’agriculture cubaine aujourd’hui (voir l’Ecologiste, numéro 7, juin 2002).
Dans le numéro précité du Monde, M. Wolfensohn, président de la Banque Mondiale montre de façon tout à fait évidente, encore que non intentionnelle, l’extraordinaire contradiction qui existe entre développement et durabilité. Car il annonce d’une part que pour assurer le bien-être de l’humanité, il faudrait quadrupler le produit dans le même temps que la population croîtrait de 50 % ; mais qu’il est difficile d’imaginer une telle croissance sans de graves atteintes à l’environnement, sur la maîtrise desquelles il ne s’étend pas et pour cause. Car comment imaginer qu’un système de production qui d’ores et déjà pose de graves problèmes écologiques puisse produire quatre fois plus, en même temps que ces problèmes trouveraient une solution ? C’est typiquement la quadrature du cercle...
Mais quelle serait l’alternative ? Sinon une redistribution qui implique nécessairement un appauvrissement des riches, une décroissance si possible programmée. En dépit de tous les constats qu’on a pu faire sur les limites ou les dégâts de la croissance, il est presque évident que la programmation d’une décroissance ne fera jamais ou que si elle est faite elle ne sera pas mise en application. La seule décroissance possible est alors une décroissance forcée, sous l’effet des conflits, ou des pénuries, ou des deux ensemble. Plus nous retardons à voir ce "common future" et à chercher à l’assumer pratiquement, et plus ses conditions risquent d’être dramatiques.
Le 6 septembre, à l’issue de la conférence (2), Le Monde publie les propos de Gerry Bair du Conseil canadien pour la coopération internationale : "Nous assistons à une débâcle de l’environnement et du social, au nom du développement durable". Quant à Courrier international, il titre : "Sommet de la Terre : le grand bluff". Les entreprises, fortement représentées à cette réunion, ont fait des pieds et des mains pour défendre leurs intérêts. Ainsi le développement l’a emporté sur le durable, et la contradiction entre ces termes est une fois de plus démontrée. »
(1) daté du 23 août 2002
(2) Sommet du développement durable, Johannesburg, août 2002

François de Ravignan est ingénieur agronome, ancien chercheur à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). Il a longtemps travaillé dans les pays du Sud et est l’auteur de nombreux ouvrages, dont Nouveaux voyages dans les campagnes françaises (avec René Dumont, Le Seuil, 1977), Le nouvel ordre de la faim (avec Albert Provent, Le Seuil, 1977), Les sillons de la faim (avec Jacques Berthelot, L’Harmattan, 1981), L’intendance ne suivra pas (La Découverte, 1988), et La faim pourquoi ? (La Découverte, 2003).

Lire aussi l’article « Vous avez dit développement durable ? »

Bibliographie proposée par François de Ravignan :
Paul Bairoch : "Le tiers-monde dans l’impasse", idées Gallimard 1971
La ligne d’horizon et al : "Défaire le développement, refaire le monde", Parangon, Paris, 2003
Jacques Ellul : "Le système technicien", Calmann-Lévy, 1977, réed Le Cherche-Midi, 2004
François Partant : "La fin du développement, naissance d’une alternative", 1982, réed Babel 1997
Gilbert Rist : "Le développement - Histoire d’une croyance occidentale", Presses de sciences-po, 1996
Immanuel Wallerstein : "L’après-liberalisme -Essai sur un système-monde à réinventer", L’aube poche essai, 2003
Serge Latouche : "Décoloniser l’imaginaire", Parangon, 2003
François de Ravignan : "La faim, pourquoi ?", La Découverte, 2004

Retrouvez le programme complet des Cafés-débats à Marciac sur http://www.agrobiosciences.org/arti...

Lire les nombreux articles et publications originales sur le thème "AGRICULTURE"- édités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences

Retrouvez les publications des différentes "Editions de l’Université d’été de l’Innovation Rurales de Marciac"- éditées par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences

Lire les nombreux articles et publications originales sur le thème "ALIMENTATION"- édités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences

Lire les nombreux articles et publications originales sur le thème "SCIENCE ET SOCIETE...- édités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences

Lire les nombreux articles et publications originales sur le thème "OGM"- édités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences

Accéder à l’ensemble de la « Revue de Presse Quotidienne »- du Magazine Web de la Mission Agrobiosciences

Accéder au site de la SISQA « Semaine International Sécurité et Qualité Alimentaire » en Midi-Pyrénées-

Accéder au site du Ministère de l’Agriculture-

Accéder au site de L’INRA-

Accéder au site Educagri- le Site de la Communauté éducative de l’Enseignement Agricole Français

 

 

Dans cette rubrique

Des produits Made In China sans contrefaçon ?
La Turquie, une porte ouverte sur l’Orient : fardeau ou ferment pour l’Europe agricole ?
Faut-il supprimer la PAC ?
Grippe aviaire : la fièvre des pouvoirs publics est-elle justifiée ?
Application de la Directive Cadre européenne sur l’eau : une chance historique à saisir pour la France ?
Les produits de terroir entre cultures et règlements
Quel avenir pour les Appellations d’Origine en Europe ?
Entre fractures et mutation, quelle place pour la Chine rurale ? En Débat. 7 Avril 2005
Le nouveau programme : trois défis agricoles majeurs pour l’année en cours
Des sujets transversaux pour approfondir...
Un premier panorama agricole de la planète...
Quels défis et quels paris pour le commerce équitable ?
Quelle stratégie pour les produits de terroir dans un contexte de globalisation des marchés ?
Allemagne : forces et freins au développement de l’agriculture biologique
Débats sur la pénurie de l’eau : l’Aragon des « regadios » et des « secanos »

   
   
© 2004-2007 Nuances-du-sud.fr