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Que la montagne est rebelle
Peut-on encore habiter la montagne ? Et si l’homme coûtait trop cher ?
Conférence / débat du jeudi 24 novembre 2011 salle Robert Diaz, L’Hospitalet-près-L’Andorre
Copyright www.quelamontagneestrebelle.com

Un autre regard sur l’avenir des zones de montagnes oubliées parfois par les politiques d’aménagement du territoire. Un débat public co-conçu et animé par la Mission Agrobiosciences avec la participation de géographes, experts en aménagement du territoire , mais aussi des acteurs de terrain et des citoyens s’est déroulé le jeudi 24 novembre 2011 à la salle Robert Diaz à L’Hospitalet près l’Andorre. Quel avenir pour les territoires de montagne ? Existe-t-il des expériences pilotes de développement socio-économique ? La première journée d’une série de rencontres à venir dont nous livrons ici les moments importants.

 

En préambule et suite à la conférence de presse, Arnaud Diaz, rappelle la naissance et la mission de l’association « La Montagne Rebelle ». Il précise les contraintes géographiques et politiques d’organisation du territoire, du service public et de la vie en montagne. La fermeture d’une école est souvent le signe d’une désertification. La démarche de « La Montagne Rebelle  » n’est pas uniquement contestataire. Elle allie la réflexion et l’action. Il s’agit de construire et d’amplifier un réseau de compétence et d’échange. Il a paru nécessaire d’avoir un regard un peu extérieur et dans ce cadre il a été fait appel au regard de scientifiques.
Pour cette démarche l’Association a fait appel à la Mission d’Animation des Agrobiosciences afin de concevoir et animer ensemble cette première journée d’échanges et de confrontation.. Il s’agit d’une première qui devrait en appeler d’autres.

- Une première table ronde a réuni deux géographes, Corinne Eychenne et Rémi Benos.

- A qui appartient la montage et comment y vivre ?
Corinne Eychenne, géographe, UMR dynamique Rurale, Toulouse-Le Mirail : Corinne Eychenne présente le master Développement des territoires ruraux qui se déroule à Foix. Une manière de faire de la formation en dehors des grandes métropoles régionales.
Son intervention se place dans le cadre des politiques publiques de la montagne.
Elle rappelle le rôle de la puissance publique dès le XIXè siècle puis évoque l’évolution de la Loi Montagne depuis 1985. Une loi novatrice qui prend en compte la spécificité de la montagne. Les montagnards vont devenir maîtres de leur développement ; la montagne conquiert le droit à l’innovation et à l’expérimentation. A l’échelle des massifs création des comités de massifs (DATAR). Naissance du Conseil national de la Montagne puis de l’ Association nationale des élus de la montagne (Anem).
Corinne Eychenne précise que l’on se situe là au-delà des clivages politiques.
« Qu’est-ce qui spécifie la montagne ? » se demande Corinne Eychenne. « La montagne représente un noyau identitaire fort. Actuellement paraît un rapport de bilan d’étape en quelque sorte. Il montre la difficulté de la mise en œuvre de la loi. Nous assistons à une montée importante de l’échelon régional. » Des interrogations : Quel est le rôle de l’Etat et celui des élus locaux ? Qui pilote ? l’Etat, les régions ? Où en est-on de la politique de massif ? Quelle est la politique de la montagne aujourd’hui ? s’interroge la géographe. L’aventure de la Montagne rebelle pose la question de la sortie du rôle de l’Etat ?
« Qu’est-ce qui justifie un traitement différencié de la politique de la montagne par rapport à d’autres territoires ruraux ? On pourrait évoquer certains territoires urbains ou sub-urbains. Est-ce qu’on défend une logique d’auto développement , cette demande qu’avaient eu les élus locaux dans les années 70-80, après le Larzac, la Vanoise. Où bien est-ce que ce sont les montagnards qui reprennent les clés du développement en demandant une solidarité de la nation, où est-ce qu’il s’agit d’une politique nationale de l’Etat pour des territoires qui peuvent rencontrer des contraintes plus importantes ? Si l’on observe les éléments du débat qui sont mobilisés, on est passé d’une logique qui parlait de compensation du handicap à une logique qui parle de revalorisation des ressources. Ce qui différencie la montagne des autres territoires ruraux c’est l’idée des contraintes naturelles. Il ne faut pas oublier les contraintes physiques de la montagne sinon on risque de perdre de vue la nécessité d’une action spécifique en direction de la montagne.  »

Remi Benos, géographe, Chargé de mission et doctorant en développement des territoires, nous fait part de l’expérience du Canigou. La problématique se situe entre mobilité et encrage. Il s’agit d’individus avec plusieurs identités. Il existe une complexité des politiques : la notion de pays, les Parcs national régionaux, Natura 2000. La gouvernance est difficile. « Dans le cas du Canigou, nous avons assisté à la mise en patrimoine du territoire comme un détour par le passé. Qu’est-ce qu’on choisit de garder ? Comment vit le territoire ? Dans le cas du Canigou, il s’agit d’un projet d’aménagement touristique. En 1905, il existe un chalet refuge avec une route pour les automobiles. L’idée est d’ouvrir l’accès aux vieillards et à l’enfance. Le problème est important : relier le Conflent et le Vallespir. Une prise de conscience s’opère devant de possibles dégâts environnementaux. En 1995, une manifestation opposa les pro-voitures et les anti-voitures. » Les populations locales décident alors de se mobiliser pour montrer une autre image du patrimoine régional.

- Moment important de cette journée la rencontre en visioconférence avec M. Pichon un élu de la commune de Puy Saint-Vincent aux portes du Parc National des Ecrins suite à une fermeture de classe. « La commune regroupe aujourd’hui 300 habitants. Face à l’incompréhension de l’institution académique la commune décide de faire venir une institutrice en disponibilité. Il ne s’agit pas d’une création de classe privée. La question du financement qui représente de 35 à 40 000 euros est posée. Ce n’est pas en opposition à l’école de Jules Ferry. Il convenait de trouver une démarche dynamique afin de ne pas baisser les bras. Toutes les communes n’ont pas les moyens de le faire peut-être. » s’interroge M. Pichon.

- La discussion s’engage avec la salle :

- Alain Naudy, Maire d’Orlu : « Vous faites le travail de l’Etat. Vous vous tournez vers des écoles privées. »

- M. Pichon : « Si on ne fait rien nous perdons des familles. Le risque est important. »

- Alain Naudy : « Il faut saisir les pouvoirs publics et que toute la montagne se lève . Il y a démission de l’Etat. On ne peut pas défendre le service public et le remplacer par autre chose.  »
D’autres interventions abordent la disparition des services et réaffirment des principes de solidarité. Il faut « imposer une vision collective de développement de la montagne. » « Il n’y a plus de politique d’aménagement du territoire » déclare Alain Naudy.
« Les territoires sont en situation de faiblesse. Les communes doivent fonctionner avec leurs moyens. Il y a celles qui en ont et celles qui n’en ont pas. »
Des personnes venues de Matemale dans les Pyrénées orientales expliquent qu’il y a eu lutte pour les classes puis regroupement pédagogique. Il s’agit « d’inciter les couples à venir s’installer. Avec un certain succès suite à des réinstallations. »

- Deuxième table-ronde : Vivre et animer la montagne. Le lien entre la population et la montagne. Avec François Soulet (Merens) et Alain Naudy (Maire d’Orlu) et Laurence Guerrey (Azinat diffusion, entreprise de e-commerce).
L’exemple d’Azinat Diffusion : 3 personnes dont deux créations d’emploi. « Il s’agit d’une pépinière d’entreprise, dans le bassin d’emploi (pays des Pyrénées cathares) dynamisé grâce notamment à des exonérations. La nécessité du haut-débit se fait fortement sentir. Une expérience de télétravail avec la commune d’Orlu s’est mise en place. »

- François Soulet (Merens) explique que l’identité ariégeoise réside dans le choix de vivre sur place. « Je suis agent de développement à la commune ; après mon service civil puis un emploi jeune.
Quels sont nos atouts : le tourisme, la proximité des Vallées d’Ax, le dynamisme des équipes municipales, et une nécessaire politique volontariste notamment dans le soutien et le maintien de l’école, l’accès aux nouvelles technologies (ADSL) en partenariat avec France-Télécom. Nous avons construit un lotissement qui connaît quelques difficultés car nous refusons de vendre en résidence secondaire. Nous développons des activités saisonnières. Nous possédons une agence postale communale, ainsi qu’une épicerie communale. La faiblesse de l’investissement privé nous oblige à une certaine précarité.
 » Cependant « la gestion du camping du village et la politique communale obligent à un travail de classement, de labellisation. La gestion en régie nous permet de recourir à la main d’œuvre locale. Nous avons aujourd’hui, une politique tarifère raisonnée. En outre, nous avons instauré la pratique de la découverte de la montagne par la randonnée. Nous avons mis en place un programmes de débroussaillage en lien avec les éleveurs lié à l’entretien des cabanes pastorales. »

- Arnaud Diaz Maire de L’Hospitalet : « Je pense que nous devons gérer le camping comme une entreprise rentable. Notre souci est de faire revenir du monde à L’Hospitalet et nous cherchons à bien rémunérer les gens compétents. Nous devons développer une politique de communication agressive. Nous avons racheté des logements aux administrations disparues. Nous nous lions au Pôle d’activité en Andorre et en Vallée d’Ax. Nous avons mis en place une garderie communale qui permet de fixer des familles mais j’estime qu’on ne fait pas assez pour les jeunes parents qui travaillent.  »

- Alain Naudy (Orlu) : « Deux mots importants : préserver et développer. Tout d’abord mon engagement est ancien et j’ai fait le choix de la montagne : Habiter le montagne résume tout le sens de mon engagement politique. Nous sommes passés de la montagne à vendre au rachat progressif. Le retour aux estives, l’aménagement du refuge d’En Beys et sa mise aux normes qui ont nécessité un financement de la Région pour l’entretien. Il faudrait évoquer la question de l’introduction de l’Ours et prolonger notre réflexion sur les compétences de l’Etat. Alors, comment développer ? Nous avons contribué à installer un éleveur de vaches. Je dois dire que les primes sont normales et vitales pour les agriculteurs. Aujourd’hui, il reste un éleveur. Nous avons le projet de créer un « sentier des sons. » Une famille souhaite s’installer. Par ailleurs, je précise que nous dégageons vingt salaires à temps partiel l’été.  »
- La discussion dans la salle rebondit :
Où il est question des communes riches et des communes pauvres. Certaines avec des budgets de 20 000€. Les petits projets nécessitent des aides. D’où une interpellation de la Communauté de communes.
Pour Arnaud Diaz : « Mettre tout dans un pot commun ; une politique de commune des 39 communes serait l’idéal. Ax c’est pas la montagne. Le logement social, la cabane pastorale sont subventionnés. »

- La taxe professionnelle devrait être mise en commun. L’importance de l’action d’Augustin Bonrepos est mise en avant. Le tourisme, le talc de Luzenac et la présence d’EDF regroupent les activités principales. L’importance de la Communauté de communes est remarqué par tous.
Des intervenants font remarquer l’importance des différences culturelles. Les générations évoluent et amènent d’autres façons de voir les choses afin de contribuer au développement. « Je suis venu chercher des solidarités et une proximité des rapports  » déclare une personne.
« Il faut rester un village vivant » ajoute une autre.

- La question du tourisme est très importante. Les entrées des stations de ski représentent 400 000 skieurs. « Il nous faut viser 500 000 » explique Alain Naudy. « Il faut se développer sans perdre notre âme. On ne débat pas assez dans les vallées d’Ax. »

- En conclusion de cette première journée, Arnaud Diaz invite à poursuivre la réflexion, élaborer, faire évoluer les discussions et bousculer les idées reçues. Pour lui : « On a manqué d’interaction, nous devons avoir plus d’échanges avec d’autres massifs. Nous n’avons pas suffisamment répondu à la question : « Est-ce que l’Homme coûte trop cher ? » Quelle confrontation devons-nous avoir avec les urbains. Faut-il persévérer dans la défense des services publics ou faire autre chose ? »

A suivre…. .

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