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Les vendredi 28 et samedi 29 juillet 2017, à Marciac (Gers)
Les 23èmes Controverses européennes de Marciac
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J.P. Darré, A. Mathieu, J. Lasseur, Coordinateurs
Le sens des pratiques. Conceptions d’agriculteurs et modèles d’agronomes.
INRA Editions. Notes de lecture de Jean-Claude Flamant, Mission Agrobiosciences
Le sens des pratiques

Aujourd’hui, il est plus difficile d’envisager une société partagée entre des minorités qui conçoivent et tous les autres, simples exécutants ; par exemple, entre les agronomes qui savent et les agriculteurs qui exécutent.

 

Les chercheurs s’interrogent sur leurs rapports avec le reste de la société. Le mouvement général qui a prévalu durant les décennies d’après-guerre, où il n’y avait aucun souci quant aux bénéfices que la société pouvait tirer dans son ensemble des produits de l’innovation technologique issue de la recherche pour le plus grand bénéfice des acteurs comme des consommateurs est sujet à débat. Plus particulièrement, les mouvements en cours pour « sauver la recherche » conduisent aussi à considérer que pour la sauver il faut de toute manière « ouvrir la recherche » (Fondation Sciences citoyennes), c’est-à-dire imaginer et mettre en œuvre un nouveau système de liens et de débats. Ces préoccupations sont particulièrement sensibles dans les milieux de la recherche dite « finalisée » - notamment ceux de la recherche agronomique qui définit ses champs d’intervention par rapport à des acteurs technologiques et économiques, et plus largement à des enjeux de société dans les rubriques « Agriculture », « Aliments », « Territoire et Environnement ». En effet, si cette recherche se conçoit dans les rapports de ses produits, même lointains, avec ces domaines et ces enjeux, alors la société devrait avoir son mot à dire en amont lors du choix des programmes.

Le présent ouvrage collectif aborde un segment de cette problématique. Si la recherche agronomique a à voir avec le travail des agriculteurs, est-il possible que l’observation des pratiques mêmes des agriculteurs et la compréhension de leurs savoirs spécifiques soient intégrées à la construction de modèles de nature biologique, technique, environnementale ? Alors, certes dans cet ouvrage, les chercheurs s’interrogent d’abord sur la nature de leur discipline sociologique (Partie 1), par exemple quelles sont « les conditions d’études sur les systèmes de pensée des agriculteurs dans les recherches agronomiques ? », « Comment expliquer les façons d’agir des autres ? » ; « Quelle est la place et le sens de ces études dans les sciences sociales ? ». Ils s’étendent aussi sur leurs outils pour appréhender la connaissance propre des agriculteurs : les usages de la parole, la conduite des entretiens, la nature des questions posées, l’analyse du sens des mots entendus (Partie 2).

Après ces considérations et précautions à visées théorisantes, il faut bien en arriver aux résultats (Partie 3). Cette dernière partie est en quelque sorte l’illustration de ce qu’une telle attention des chercheurs agronomes aux pratiques et savoirs des agriculteurs et la mise en œuvre d’outils originaux d’acquisition de connaissances recèle comme potentiel pour l’action. Une nouvelle manière de revisiter une question séculaire depuis qu’il y a ce que l’on appelle des agronomes : quels rapports entre les savoirs conceptuels et technologiques de ceux-ci et le travail des agriculteurs ? Dans cette Partie 3, ce n’est plus l’innovation technique qui a droit de cité, c’est la démarche même des praticiens qui est mise en situation et qui alimente la construction de modèles. On y aborde même « la façon qu’ont les vaches de juger de l’herbe ». Le lecteur est invité à parcourir la France des éleveurs et de leurs troupeaux : le pâturage dans les marais de l’ouest, les repas des troupeaux du sud, les lieux et les temps de pâturage dans les Vosges et le Jura, la reproduction des troupeaux ovins en Préalpes.

Mais à quoi tout ceci peut-il servir ? C’est un peu la question que se pose dans la préface Marcel Jollivet, sociologue. C’est dans les cent dernières pages de l’ouvrage qu’interviennent un ensemble de papiers qui illustrent l’intérêt de la démarche en se situant au niveau de la compréhension des dynamiques territoriales et des actions de développement local : les exemples sont seulement pris dans des zones de montagne, les Hautes-Alpes, les Cévennes et les Vosges. Une question est discutée : comment se situent les éleveurs dans leur diversité de situations et de systèmes face au même modèle de référence pour le développement ? Et finalement, les dernières contributions sont consacrées à l’usage des connaissances ainsi acquises pour l’apprentissage et la formation. Elles nous entraînent dans le monde des éleveurs caprins et même chez les viticulteurs du Languedoc.

En résumé, un tel ouvrage introduit à des démarches scientifiques qui devraient permettre, selon les auteurs, d’obtenir une meilleure compréhension de ce que sont les référentiels des acteurs de terrain par rapport à une approche normative. Contrairement à ce que certains pourraient croire, il ne s’agit pas de rabaisser le niveau d’exigence de ce qu’est la recherche scientifique en faisant ainsi. Le lecteur pourra être surpris par le fait que les articles mêlent ce que sont des « paroles d’éleveurs » avec un travail élaboré de modélisation et de représentation graphique. Ce n’est pas un ouvrage de vulgarisation. Il s’agit là d’un recueil de productions originales au cœur du front des avancées de la recherche scientifique.

L’ambition sociétale qui porte cet ouvrage s’exprime bien dans le résumé final :
« Cet ouvrage s’adresse aux chercheurs et aux enseignants en sciences de l’agriculture, aux conseillers agricoles, et aussi à tous ceux que la crise du modèle de la division sociale du travail entre conception et exécution interroge. Dans un contexte où la société cherche une nouvelle relation avec le milieu agricole, où la gouvernance locale prend de plus en plus d’importance, ce livre peut être utile aux décideurs comme aux acteurs d’une démocratie participative. »

Jean-Claude Flamant

 

 

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