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Lu, vu, entendu. 7 janvier 2014
En France, pas de quoi pousser un wwoof de soulagement…
Retour sur la genèse, le succès et les limites du wwoofing.

Ce ne sont pas vraiment des vacances. Mais ce n’est pas non plus un travail rémunéré. Cela tient tout à la fois du coup de main, de l’échange de bons procédés, du séjour linguistique et du road-movie agricole. Le principe : s’immerger pour quelques semaines dans la vie d’une exploitation (en agriculture bio, évidemment...) en participant à ses activités trois à cinq heures par jour, moyennant le gîte et le couvert. C’est né en 1971 dans la tête d’une Londonienne, Sue Coppad, cela connut un succès foudroyant en Australie et en Nouvelle-Zélande et cela commence à percer en France. C’est le wwoofing, tiré du nom du réseau international "World wide opportunities on organic farms". Moins radical que le retour à la terre de la génération de Mai-68, le procédé séduit bon nombre de jeunes attirés par les modes de vie alternatifs. A ne pas confondre avec le couchsurfing pour routard désargenté ou squatters impénitents. Car il faut quand même travailler ! C’est d’ailleurs tout le problème aux yeux de la législation française, mais aussi pour les services américains de l’immigration.

 

Le week-end, le travailleur et l’opportunité

Sur le papier et d’après la plupart de ceux qui le pratiquent, le wwoofing a tout de la bonne idée. On y parle d’une autre manière de voyager, de partage des connaissances, d’échanges humains, d’entraide. Une sorte de road movie agricole qui fleure bon les années 1970. C’est d’ailleurs dans ces années là que le mouvement a été lancé outre-Manche, baptisé initialement Working weekends on organic farms, d’où l’acronyme Wwoof.
L’acronyme n’a pas changé, mais derrière ces lettres, le concept a évolué au fil du temps. Bien vite, ils furent oubliés les week-ends de notre citadine londonienne qui inventa le mouvement, pour laisser place aux Willing workers. En clair, les travailleurs volontaires. Un vocable quelque peu marqué idéologiquement et qui n’emballe plus les foules. Surtout, il pose un problème aux yeux de la législation du travail, nous y reviendrons. D’où cette troisième déclinaison adoptée en 2000 : les World wide opportunities. Vous avouerez que cela sonne plus moderne.

Le gîte et le couvert

Mais d’abord, rappelons le principe : en échange du gite et du couvert, des volontaires – les wwoofers - participent aux travaux d’une exploitation agricole. Des jeunes, le plus souvent, qui trouvent là une manière de quitter la ville ou de partir à l’étranger, mêlant dans leurs motivations le séjour linguistique, la découverte culturelle, un mode de vie alternatif et la quête de sens. Et ça fonctionne : le réseau embrasse désormais une centaine de pays sur les cinq continents. Pas moins d’une centaine de pays y adhère, depuis la Chine jusqu’à l’Australie, en passant par l’Ouganda.
Concrètement, comment ça marche ? Sur son site, l’association anglaise Wwoof répertorie les organisations nationales et les exploitations agricoles bio qu’elles référencent. En l’absence de contrôle, d’elles seules dépend le sérieux ou non des agriculteurs (les hosts) prêts à jouer le jeu. Moyennant une cotisation quasi symbolique de 15 à 20 Euros, tout candidat peut ainsi accéder à cette liste, pour le pays de son choix. Reste ensuite à discuter des conditions de séjour : le type de travail, les horaires, la durée du séjour, le nombre de repas fournis, le mode d’hébergement… Pas de contrat de travail en revanche, pas de rétribution financière disions-nous et une durée forcément limitée dans le temps.

Mériter sa nourriture...

Sur le site de l’association française, née en 2007, le propos est séduisant, voire idyllique, façon Martine à la ferme : « Vous souhaitez découvrir la France d’une autre manière ? L’écologie et le bio vous tiennent à coeur ? Le WWOOF vous offre la possibilité de découvrir les différentes techniques de l’agriculture biologique en partageant le quotidien de fermiers bio ou de personnes ayant un rapport privilégié avec la nature (…) Du petit-déjeuner au dîner en passant par les soins aux animaux d’élevage et/ou "l’aide aux champs", découvrez une façon de vivre saine, alternative, simplement naturelle. » Pour en mesurer le succès, difficile toutefois d’avoir des chiffres : disons qu’il y aurait plus de 10 000 wwoofers par an dans nos campagnes pour environ 800 hôtes. Le journal Libération mentionne, quant à lui, le chiffre de 9 000 adhérents en France.
Ce qui est certain, c’est qu’ici et là, des témoignages enthousiastes sont relayés par les blogs et la presse locale, voire par le site du ministère de l’agriculture (1). C’est Hugo, maraîcher bio qui confie (2) « En accueillant, moi aussi je voyage ». Ou Nathalie, pour le journal 20 Minutes (3), qui parle d’une expérience extraordinaire : « Ce qui m’a le plus marqué, ce n’est pas un séjour en général, c’est le fait de reprendre conscience de la valeur des choses. Après avoir réalisé un travail physique, nous avions la sensation d’avoir vraiment mérité notre nourriture. » Sans oublier tous ceux qui entament ainsi un véritable tour du Monde.

Bénévolat ? Connais pas

Intéressante, la pratique semble bel et bien l’être. Au détour des phrases cependant, il faut lire aussi les mises en garde et les expériences plus ou moins agréables : huit heures de travail par jour pour l’un alors bien loin du « coup de main habituel », généralement limité à trois ou cinq heures quotidiennes, conditions d’hébergement un peu trop roots pour l’autre, sous la tente et sans possibilité de douche, ou repas succinct qui tient plus du Mc Do que du casse-croûte agricole. Du côté des hôtes, tout n’est pas rose non plus ; le principe attire parfois de simples routards désireux de se loger gratuitement, confondant wwoofing et couchsurfing (4). Surtout, les bénévoles étant généralement des néophytes, leurs coups de main peuvent s’avérer contre-productifs. Traire une chèvre à la main ne s’invente pas… Reconnaître certains légumes de mauvaises herbes non plus. Bref, former les wwoffers peut prendre du temps.
Mais il y a plus embêtant. Ainsi que le relatait dernièrement FR3 Languedoc-Roussillon, un maraîcher de l’Hérault « se voit réclamer 4 300 euros de cotisations par la MSA pour avoir fait travailler une jeune wwofeuse ». En 2008 déjà, un exploitant du Vaucluse avait dû payer 500 euros d’amende pour les mêmes faits. Car pour les inspecteurs de la MSA, pas d’ambigüité : il s’agit de travail dissimulé. Bénévolat ? connaît pas, dès lors qu’il y a contrepartie en nature. Entraide agricole ? Que nenni, celle-ci est censée s’exercer uniquement entre exploitants agricoles. Seule solution pour légaliser l’activité du wwoofer : le déclarer en tant que salarié…
Si l’on peut regretter le vide juridique et la rigidité bureaucratique qui demeurent à la traîne de nouvelles pratiques, il est quand même des zones de flou qui interrogent. Ainsi, quid du woofeur qui se blesse au cours d’une activité sur l’exploitation, en l’absence de tout statut légal ? Il n’empêche, les adeptes y voient non seulement une inertie des pouvoirs publics, mais une aversion toute française à l’idée même de gratuité et une forte insensibilité à l’égard des valeurs du bénévolat. Pourquoi pas. Attention tout de même, car sachez qu’aux Etats-Unis, un woofer qui n’aurait pas de visa de travail et tenterait quand même l’aventure sous couvert d’un voyage touristique se verra vite fait refoulé par les services américains de l’immigration…

(1) http://agriculture.gouv.fr/generation-wwoofers. Datant de septembre 2010, cette page relate l’expérience d’un jeune couple à la tête d’une ferme bio du Calvados, qui reçoit régulièrement des woofers.

(2) La Dépèche du Midi du 7 janvier 2014

(3) 20 Minutes, 10 juin 2011, « Mettez-vous au wwoofing ».

(4) Le " couchsurfing " permet de dormir gratuitement chez l’habitant. Les conditions d’hébergement, qui vont du canapé au hamac en passant par le matelas au sol, sont déterminées à l’avance entre le « surfeur " et " l’hôte " sur le net.


 

 

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