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Note de lecture. 17 mai 2013
Pour sortir de la sociologie rurale
A propos du livre "Sociologie des mondes agricoles", de B. Hervieu et F. Purseigle.
F. Purseigle et B. Hervieu

Qu’est-ce qui justifie la publication, aujourd’hui, d’un ouvrage sur un tel sujet ? De plus, quitte à faire un manuel, pourquoi ne pas faire comme tout le monde en titrant tout simplement sur la "sociologie rurale" ? En fait, ce n’est pas là simple coquetterie d’auteurs. Car dans le champ de cette discipline, tout a bougé, tout est à repenser. A la limite, à la manière d’un Edgar Morin, qui écrivait en 1981 "Pour sortir du XXème siècle », ce livre aurait pu s’appeler : "Pour sortir de la sociologie rurale".
La Mission Agrobiosciences vous recommande vivement cet ouvrage, paru chez Armand Colin (collection U) en 2013, et vous propose sa note de lecture.
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Plus rien ne va de soi dans ces mondes agricoles contemporains. A tel point que ce qui faisait le bonheur des sociologues, les occupant à longueur de temps depuis des décennies, se révèle au mieux inopérant, au pire démenti par les faits. A commencer par ce paradoxe que soulignent d’emblée Bertrand Hervieu et François Purseigle : alors que leurs pairs (et peut-être eux-mêmes) n’ont eu de cesse d’observer et de commenter le déclin des paysans - ces êtres anachroniques voués à disparaître selon Marx ou à devenir tout autres, d’après Weber - les agriculteurs, parmi lesquels de nombreux paysans, n’ont jamais été aussi nombreux sur la surface de la planète. Mieux, on a rarement été aussi attentifs à ce qu’ils sont et ce qu’ils « fabriquent ». Comme le relèvent joliment les auteurs : "Jamais aucune sociologie, sinon la sociologie des religions, n’a été à ce point marquée par la disparition de son objet", disparition qui, c’est embarrassant, n’a toujours pas lieu.

Même la terre se dérobe

C’est qu’entre temps, a eu lieu une recomposition sans précédent du paysage agricole et des campagnes : façons de faire et d’être, métiers, organisations, syndicats, valeurs, statuts, liens au territoire, rôle et place dans les sociétés … Tout semble avoir volé en éclats, pour rejaillir en une multiplicité de modèles, de discours et de modes de vie, depuis l’agriculture de firme jusqu’aux paysans sans terre, en passant par le maintien d’une agriculture familiale.
Plus question certes de s’atteler aux monographies, typiques des années soixante, sur tel village du bas Languedoc ou sur les parentèles de Kersaint-Plabennec. Mais pour saisir les réalités d’agricultures qui s’envisagent désormais à l’échelle du Monde, même les outils d’analyses plus récents de la sociologie rurale paraissent désormais d’un autre temps, face à un rural en complète redéfinition. Adieu les rapports ville-campagne qui structuraient les regards, exit aussi l’exode rural qui s’est quasiment inversé dans les pays riches et qui se paralyse dans les pays en développement, assignant à résidence une paysannerie de subsistance. Bref, tout fout le camp, et même la terre se dérobe à nos pieds. Non seulement s’est disloqué, avec la modernisation de l’après-guerre, le tryptique production agricole = propriété foncière = patrimoine familial, mais, à l’instar des autres secteurs d’activités, l’agriculture elle aussi connait un phénomène de délocalisation et s’arrache de plus en plus du sol.

Une sociologie rurale en autarcie

Disons-le, dans cette histoire, le lecteur se trouve un peu comme un sociologue du rural qui n’aurait rien vu venir : un brin perturbé, décontenancé et vaguement nostalgique. Car en France tout particulièrement, le village, la campagne, le paysan … continuent d’animer en grande partie nos représentations et nos désirs, comme une sorte de membre fantôme. On le comprend : il y avait là un repère stable, un monde à part rassurant dans un univers où tout change et de plus en plus vite.
Reste que si le sociologue en question n’a rien vu venir, c’est peut-être parce que la sociologie rurale, à l’instar du paysan, a longtemps habité un village, formant elle aussi une sorte de communauté à part, bénéficiant d’une autosuffisance grâce à la richesse initiale de ses sources et ressources, à savoir un faisceau de penseurs et d’’apports disciplinaires d’une rare richesse. Mais une autarcie qui frise l’enfermement de ses recherches, au regard de certaines avancées de la sociologie générale. Là n’est pas le moindre intérêt de cet ouvrage qui pointe l’originalité et les effets limitants de la manière dont s’est construite la sociologie rurale.
Il y eut d’abord les pères fondateurs de la sociologie, qui se sont penchés sur la paysannerie comme classe sociale, ainsi que sur le foncier et le capitalisme agraire, mais également deux disciplines phares : l’histoire et la géographie. L’histoire, qui tient d’ailleurs une place très importante dans ce livre, car la sociologie rurale est « une science de l’actuel » qui ne peut se passer de l’historique, qui, plus qu’ailleurs, persiste et agit au présent, selon Henri Lefebvre que citent les auteurs.
Où l’on, apprend d’ailleurs une foule de choses passionnantes sur le jeu qu’ont joué les royalistes ou les conservateurs d’un côté, les républicains de l’autre, pour se mettre dans la poche ces agriculteurs qui représentaient une part majoritaire de la population. Mais aussi sur la genèse des syndicats, des coopératives, de la Mutualité sociale et même du crédit agricole, entre la fin du 19è et l’aube du 20è. Sans oublier ce rappel : l’existence brève d’un courant folkloriste, né dans les années vingt, s’intéressant aux us et coutumes de la vie paysanne traditionnelle, et qui s’éteint au lendemain de la seconde guerre mondiale, entaché par l’idéologie de Vichy.
A ce terreau d’études historiques, s’ajoute celui des géographes qui ont mené les premières études rurales, en puisant eux-mêmes dans les autres disciplines, y compris l’ethnologie, et qui nous livrent des analyses passionnantes sur les raisons, par exemple, qui expliquent les spécificités des communautés rurales et des structures agraires selon les régions françaises.

Penser la coexistence

Ce n’est pas pour autant un manuel d’histoire-géo que B.Hervieu et F.Purseigle nous proposent. Comme ils ne peuvent se contenter de regarder la décomposition et les processus de déstructuration à l’œuvre de la sociologie rurale et de son objet, plus de la moitié de leur ouvrage porte bel et bien sur les bouleversements intervenus ces dernières années en France et dans le Monde : la place et les réalités des agriculteurs en France, leurs valeurs et leurs modes d’expression telle que la manif et le vote ; et, à l’échelle d’une planète de plus en plus urbanisée, la typologie des formes nouvelles d’organisation de la production, l’analyse des phénomènes d’exclusion, de rejet ou d’intégration, le rôle des nouveaux acteurs comme la finance et autres sujets majeurs.
Ce qui les anime ? passer d’une sociologie de la transition – la fin des paysans - à une sociologie de la coexistence entre différents mondes agricoles. Et, pour cela, d’adopter d’autres schémas de pensée.
En 1956, relèvent les auteurs, Henri Lefebvre écrivait également : «  La sociologie rurale se trouve aujourd’hui plus que les autres mêlée à la vie, à l’action pratique, à l’efficacité. Les réformes agraires à l’ordre du jour dans une grande partie du Monde ne peuvent s’accomplir sans les sociologues, parce qu’elles posent des problèmes sociologiques ». Aujourd’hui, peut-être pourrait-on avancer que c’est au contraire l’absence de réformes agraires et de politiques agricoles qui réclame fortement une telle « sociologie pour l’action ».

"Sociologie des mondes agricoles". de Bertrand Hervieu et François Purseigle. Armand Colin (U).

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