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Vient de paraître. Revue de presse du 3 avril 2017
A propos de l’épidémie de Nash : soda blues
Une revue de presse suivie d’une réaction de Max Lafontan, spécialiste de l’obésité (Inserm)

Elle a le nom d’un joueur de blues, et telle une entêtante rengaine, s’invite dans tous les médias alors même qu’elle est taxée de maladie « silencieuse ». Mais la Nash, acronyme anglais de « stéatohépatite non-alcoolique », puisque c’est d’elle qu’il s’agit, perd tous ses accents mélodieux quand elle prend son autre nom, plus familier : la « maladie du foie gras humain ». Une pathologie redoutable, directement liée à l’hygiène de vie : « sédentarité, diabète, malbouffe, obésité... Au fil des années, le foie se gorge de graisse car il n’a plus la capacité de la transformer. (…) Le foie s’enflamme, des lésions hépatiques apparaissent. (…) C’est une pathologie qui se développe lentement sans aucun symptôme. Et qui, pourtant, suscite une profonde inquiétude chez les médecins. En France, les patients atteints de la maladie du « foie gras humain » ne cessent de progresser. Entre 25 et 30 % de la population seraient concernés » précise le Parisien (10 mars 2017).
Une revue de presse de Lamia Bouchi, stagiaire à la Mission Agrobiosciences

 

Revue de presse

A propos de l’épidémie de Nash : soda blues

Elle a le nom d’un joueur de blues, et telle une entêtante rengaine, s’invite dans tous les médias alors même qu’elle est taxée de maladie « silencieuse ». Mais la Nash, acronyme anglais de « stéatohépatite non-alcoolique », puisque c’est d’elle qu’il s’agit, perd tous ses accents mélodieux quand elle prend son autre nom, plus familier : la « maladie du foie gras humain ». Une pathologie redoutable, directement liée à l’hygiène de vie : « sédentarité, diabète, malbouffe, obésité... Au fil des années, le foie se gorge de graisse car il n’a plus la capacité de la transformer. (…) Le foie s’enflamme, des lésions hépatiques apparaissent. (…) C’est une pathologie qui se développe lentement sans aucun symptôme. Et qui, pourtant, suscite une profonde inquiétude chez les médecins. En France, les patients atteints de la maladie du « foie gras humain » ne cessent de progresser. Entre 25 et 30 % de la population seraient concernés » précise le Parisien (10 mars 2017). Même alarmisme dans les pages de Science & Avenir (30 janvier 2017) : la Nash représente 10 % des maladies chroniques du foie, lesquelles touchent aujourd’hui près d’un milliard de personnes dans le monde, et « pourrait atteindre 25 % dans le futur ».

Problème : non seulement cette maladie Nash se répand à bas bruit, mais elle est souvent confondue par les professionnels de santé avec la cirrhose due à une surconsommation d’alcool. Du coup, « C’est une pathologie qui culpabilise les patients car les médecins, qui ne sont pas toujours bien informés, se disent : cette personne boit », explique dans Les Echos (13 mars 2017) Jean-François Mouney, président de Genfit, une société biopharmaceutique engagée dans la lutte contre les maladies métaboliques et inflammatoires. Si effectivement, « seule la moitié des hépatologues sont informés des produits en développement pour traiter la Nash », explique Sven Francque, chef du département de gastro-entérologie et d’hépatologie de l’hôpital d’Anvers, on constate un très net intérêt de la part des cardiologues, diabétologues et endocrinologues sachant que la Nash impacte lourdement les pathologies qui les concernent. Et de rappeler à ce titre que « Les maladies cardiovasculaires sont, en effet, la première cause de décès chez les patients atteints de Nash ».

Reste qu’une fois le bon diagnostic posé, tout reste à faire… Car en la matière, il n’y aurait à ce jour aucun traitement réellement adapté. Dans les cas les plus graves, seule la greffe de foie peut être envisagée. Aux Etats-Unis, cette maladie est d’ailleurs d’ores et déjà la première cause de transplantation, souligne pour Sciences & Avenir le Professeur Lawrence Serfaty, à l’occasion du Congrès « Paris Hepatology Conference » qui s’est déroulé les 30 et 31 janvier derniers. D’ici à 2020, la Nash pourrait même devenir la première cause de greffe de foie dans le monde, devant l’hépatite C. Du coup, les sociétés de biotechnologies sont sur les starting-blocks : « Plusieurs médicaments font tout de même actuellement l’objet d’essais cliniques de phase 3 comme l’acide obéticholique ou l’elafibranor », rappelle ainsi L’Obs (13 mars 2017). Parmi ces sociétés, figure en bonne place celle de J-F Mouney, justement, laquelle vient de créer un fonds de dotation de 1,9 millions d’euros, The Nash Education Program, afin de piloter des actions de sensibilisation, destinées au public et aux médecins. Sensibilisation, vraiment, ou opération marketing pour mieux commercialiser ses produits à venir ?

En attendant ce nouveau couplet, mieux vaut peut-être entonner ce vieux refrain, que rappelle L’Obs : la meilleure solution pour les personnes atteintes de cette pathologie consiste à changer de régime alimentaire tout en pratiquant une activité physique régulière…

Revue de presse de Lamia Bouchi, étudiante en management des Affaires publiques, ISMAPP, stagiaire à la Mission Agrobiosciences (3 avril 2017)


Nash : attention au chant des sirènes des affairistes


Réaction à la revue de presse par Max Lafontan, directeur de Recherche émérite Inserm, CHU Rangueil/Université Paul Sabatier, Institut des Maladies Métaboliques et Cardiovasculaires.

Avant tout, nous aimerions savoir pourquoi ce sujet est actuellement traité dans l’actualité ? Existe-il une raison particulière ?

La Non-Alcoholic Fatty Liver Disease (NAFLD) qui précède en aggravation la Non-Alcoholic steatohepatitis (NASH) ont connu un regain d’intérêt lorsque les hépatologues se sont rendus compte que cette accumulation anormale de lipides dans le foie n’était pas que la pathologie des alcooliques et qu’elles préparaient cirrhose et carcinome hépatocellulaire dans les cas les plus graves. En Europe, la fréquence de la Nash est importante chez les adultes et enfants obèses (25 à 35%) ; c’est peut être pire aux USA. Les niveaux de gravité sont variables, mais elle devient une cible juteuse pour les fabricants de médicaments.
Comme vous le savez, la presse passe son temps à abonder dans le sens de la concurrence. Le dossier de Science & Avenir (de janvier 2017) a certainement mis le feu aux poudres avec un titre racoleur : « La maladie du "foie gras" humain, un risque de cancer en progression ». Le mot cancer est toujours attractif.

L’analyse médiatique est la suivante : les personnes atteintes de cette pathologie ont de mauvaises habitudes alimentaires et ne pratiquent pas d’activité physique régulière, ainsi la maladie du foie gras humain est souvent mise en parallèle avec l’obésité. Or, n’existe-il pas des facteurs génétiques ou liés à l’environnement ?

Avec l’expansion de l’obésité, du syndrome métabolique (qui regroupe un ensemble d’anomalies telle que l’insulino-résistance, l’hypertension et des dyslipidémies - prototype des désordres métaboliques des sociétés de l’abondance et de la malbouffe) et du diabète de type 2, les hépatologues ont découvert une fréquence accrue de la NAFLD chez ce type de patients. Il n’y a aucun doute, la presse passe un message de prévention correct. Les susceptibilités génétiques sont encore mal définies mais il est indéniable qu’une nutrition peu adaptée (trop riche) et une sédentarité excessive sont des facteurs d’aggravation. Une étude publiée dans le Journal of Clinical Investigation a bien démontré que la consommation de sodas, très riches en fructose accroît la synthèse de lipides dans le foie de l’homme et entraîne des anomalies de la glycémie.

Quels sont aujourd’hui les fronts de la recherche ?
Les techniques exploratoires en imagerie non invasive ont progressé (avant il fallait faire une biopsie du foie, bien moins fréquente, mais qui est encore le "gold-standard" du diagnostic de la Nash et de la fibrose)... De ce fait, la détection du nombre de cas s’est accrue et l’exploration des obèses et des diabétiques de type 2 a été améliorée. Des stratégies préventives peuvent être engagées plus efficacement. Les modèles animaux (rats et souris soumis à des régimes gras) reproduisent imparfaitement la Nash humaine. Des chercheurs pensent de plus en plus à une incidence du microbiote intestinal (ou de produits libérés par ce microbiote) sur les fonctions hépatiques. Une dysbiose (un déséquilibre) du microbiote serait susceptible de perturber la perméabilité intestinale et créer des troubles hépatiques. Des travaux sont engagés.
Pour ce qui est des traitements, tout reste à faire. Une étude récente, publiée par Lombardi R. et al « Pharmacological interventions for non-alcohol related fatty liver disease (NAFLD) : an attempted network meta-analysis  » Cochrane Database Syst Rev. 2017 Mar 30, conclut que du fait de la piètre qualité des études réalisées jusqu’ici, il est difficile de proposer des thérapies convaincantes pour le moment.
Les mesures hygiéno-diététiques (lutte contre la sédentarité et contrôle de la prise calorique) restent très importantes mais difficiles à poursuivre sur le long terme. L’industrie pharmaceutique rêve de médicaments pour réduire l’insulino-résistance et la synthèse de novo de lipides dans le foie, sans oublier des effets sur les troubles en aval tels que le stress cellulaire des cellules hépatiques, l’inflammation ou la fibrose (divers agents anti-fibrotiques sont testés pour limiter la cirrhose). Il reste pas mal de chemin à parcourir. L’acide obéticholique améliore la stéatose mais est peu efficace sur la Nash. Attention aux gesticulations de Genfit... Ils sont les producteurs de l’Elafibranor qui est un agoniste [1] de récepteurs hépatiques très importants (les PPAR α et δ qui semblent améliorer la sensibilité à l’insuline, le métabolisme lipidique et l’inflammation). Ils vont matraquer le produit. Les agonistes des PPAR sont des outils difficiles à manipuler du fait de leur large spectre d’action. Leur Nash Education Program devrait leur permettre de recruter de futurs patients. A manipuler avec précaution. Des travaux complémentaires sont nécessaires. Des molécules comme la pioglitazone (interdite en France) ou la Vitamine E ont été également testées. De nombreux travaux restent à mener.
La conclusion de votre revue est excellente (contrôler la prise alimentaire et limiter les boissons sucrées au fructose tout en accroissant l’activité physique). Ce n’est pas le plus facile sur le long terme. Eviter la précipitation, sensibiliser le grand public avec des messages simples et avoir une grande prudence pour le chant des sirènes des affairistes.


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[1Substance ou médicament qui produit des effets identiques à ceux d’une substance de référence (Source : Le nouveau Petit Robert 2007)

 

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