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Les vendredi 28 et samedi 29 juillet 2017, à Marciac (Gers)
Les 23èmes Controverses européennes de Marciac
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Lu, vu et entendu.
Le blues des campagnes à Marciac.
Stéphane Thépot.
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La dixième université d’été de l’innovation rurale de Marciac organisée par la Mission Agrobiosciences et la Communauté de Communes Bastides et Vallons du Gers avait pour thème : Dans le champ des agricultures du monde, quel destin pour les agricultures d’ici ?
Comment les agricultures du monde voient-elles le destin des agricultures d’ici ? Dans le mouvement des évolutions mondiales, comment parvenir à choisir et maîtriser son propre destin plutôt que de s’en sentir dépossédé ?
Le regard de Stéphane Thépot, journaliste, qui a assisté aux différents échanges de cette université ou une autre façon de rendre compte de ces interrogations.

 

Simple « potager » aux yeux d’un gros agriculteur américain, l’agriculture française et ses multiples « terroirs », intraduisibles en anglais, est pourtant perçue comme une superpuissance par l’ancien ministre de l’agriculture polonais, « impressionné par les tracteurs », de son propre aveu. En marge du festival de jazz de Marciac, l’agriculture française, ses agriculteurs « d’ici », mais aussi les consommateurs d’à côté et de nombreux observateurs « parallèles » avaient rendez-vous « dans le champs des agricultures du monde » pour tenter de dessiner son destin sous un chapiteau.

Famines paysannes et subventions agricoles

« L’agriculture doit faire vivre l’humanité, mais les agriculteurs n’arrivent plus à vivre de leurs productions ». Dès l’ouverture de l’université d’été, Jérôme Sainte Marie a planté le dilemme. Agriculteur dans les Hautes-Pyrénées, ce membre du groupe local de réflexion de Marciac dresse un tableau pessimiste de l’agriculture d’ici : «  autrefois, c’était un mode de vie. Aujourd’hui, c’est devenu un métier en perte de reconnaissance, dont les revenus sont liés à des aides aléatoires ». Si les agriculteurs modernes sont pour la plupart les fils des paysans d’hier, que feront leurs successeurs qui seront de moins en moins leurs enfants, puisque le modèle de l’agriculture familiale vole en éclats ? « Le métier d’agriculteur en 2050 n’aura rien à voir avec celui du passé » pronostiquera Michel Griffon à la fin des débats. L’agronome du CIRAD assigne un rôle écologique majeur à l’agriculture du futur. Elle est en effet « la seule industrie de captage du carbone » dans la lutte contre l’augmentation de l’effet de serre au niveau planétaire et pourrait prendre le relais des énergies fossiles qui s’épuisent. Mais en attendant que les agriculteurs deviennent les futurs « rois du pétrole vert », Michel Griffon rappelle que « 600 millions de paysans n’arrivent pas à vivre de l’agriculture » dans le monde.
Entre les paysans qui meurent de faim dans les pays du sud et les agriculteurs du Nord qui s’inquiètent pour leurs subventions, le fossé est de taille. Les seconds sont-ils les fossoyeurs des premiers ? «  C’est le Sud qui demande la fin des aides à l’agriculture » souligne l’économiste Emmanuelle Auriol, qui rappelle qu’un agriculteur européen reçoit en moyenne 15.000 € d’aides par an alors que son homologue américain touche 20.000 $. Aux USA, on s’inquiète de l’émergence de nouveaux concurrents dans l’hémisphère sud, et notamment de la compétitivité extraordinaire du Brésil. Maïsiculteur dans les Landes mais aussi au Texas, Georges Cassagne reconnaît qu’il ne peut pas lutter contre le nouveau géant vert qui pousse sur les terres amazoniennes. «  Les agriculteurs européens vont avoir le même problème face à la concurrence des anciens pays de l’Est » prévient l’agriculteur lando-texan. Le Brésil et l’Ukraine seront-ils les nouveaux « greniers » du XXIème siècle, seuls capables de nourrir une population mondiale qui atteindra 9 milliards d’individus en 2050 ?
Il ne faut toutefois pas s’attendre à voir la faim dans le monde résorbée par l’OMC. « Le marché n’a jamais assuré la sécurité alimentaire » assène Marcel Mazoyer. Le successeur de René Dumont à l’institut national d’agronomie de Paris-Grignon souligne que les échanges sur le marché international, qui ne visent que la demande réputée solvable, ne concernent que 15% de la production. Dans ces conditions, « imposer un prix international pour les produits agricoles est une absurdité libérale » affirme-t-il. Pour Marcel Mazoyer, ni l’Europe, ni les Etats-Unis ne peuvent s’aligner sur des cours en baisse constante depuis le XIXème siècle. Il pronostique que les prix agricoles finiront par remonter au XXIème siècle, « par la force ou par la négociation ». Mais c’est alors « dans les villes qu’on crèvera de faim  », prophétise Marcel Mazoyer.

Ethanol ou Parmesan ?

Dépassés par des concurrents venus de l’Ouest, du Sud et bientôt de l’Est, décontenancés par les consommateurs qui les accusent de polluer, réclamant toujours plus de sécurité et dépensant toujours moins pour leur alimentation, les agriculteurs d’ici ne savent plus très bien à quel saint se vouer. La notion même de « progrès », qui avait accompagné la modernisation de l’agriculture française au sortir de la deuxième guerre mondiale, est battue en brèche. Le terme ne fut même pas prononcé lors de l’université, note l’anthropologue Dominique Desjeux, qui constate : « aujourd’hui, le destin remplace le progrès ». Alors que la tendance est désormais moins à attendre des lendemains qui chantent qu’à regretter le « bon vieux temps passé », l’historien Jean-Luc Mayaud invite à refaire une « histoire des possibles » pour se demander s’il n’y avait pas d’autres « virages » à prendre. Ce partisan de la « généaologie montante » met toutefois en garde contre la vision « mythique » du paysan, soulignant que si l’on exige aujourd’hui la « multifonctionnalité  » des agriculteurs, la majorité des éleveurs-cultivateurs étaient déjà « pluriactifs » au XIXème siècle.
Si les agriculteurs français et européens doivent faire leur deuil de la vocation prométhéenne et post-coloniale de « nourrir le monde », deux pistes d’avenir se sont dessinées sous le chapiteau de Marciac : les produits transformés de qualité d’une part, les « bio-carburants » et les « biomatériaux » d’autre part. « La destinée de l’agriculture européenne n’est pas l’exportation de matières premières » insiste Michel Griffon. Le chercheur du CIRAD estime qu’on n’exportera pas des produits du Gers vers la Chine, mais que les industries agroalimentaires n’hésiteront pas à s’y délocaliser. Les excédents agricoles qui contribuent aujourd’hui à la faillite des agriculteurs du Sud, comme le rappelle l’économiste Emmanuel Auriol, prendront-ils le chemin des nouvelles distilleries de bio-carburants ? Aux USA, on recense déjà 88 usines de fabrication d’éthanol. « Sans elles, l’essence aurait augmenté de 14% », souligne Georges Cassagne, qui note que ce pays se lance également dans le bio-diesel à base de soja et dans les plastiques à base de maïs. Ce qu’il nomme la « bio-économy » constitue à ses yeux une véritable réponse.
A l’inverse des Américains, dont « les valeurs sont basées sur la quantité » et qui réclament des « big » petits-fours à Lenôtre -selon l’anecdote croustillante d’Alex Miles- les Européens sont tentés de jouer la carte des produits de qualité. Pour Bertil Sylvander, spécialiste à l’INRA des produits bio ou AOC, les producteurs de produits labellisés sont assimilables à des « créateurs ». De la haute-couture aux « hautes cultures » ? Il préconise de lutter contre la banalisation et les produits génériques en créant des marques et des labels. Un producteur de fromage de Parmesan est venu expliquer son combat pour inscrire le « Parmigiano » comme une spécialité reconnue afin d’offrir un débouché viable à des agriculteurs dont le lait ne peut être compétitif, selon lui, avec celui de leurs voisins de Lombardie, voire des Allemands ou des Autrichiens. Toute la difficulté est de faire respecter la notion d’un produit lié à un terroir à l’heure de la mondialisation. Au risque de tomber dans une « agriculture de clochers », comme le note Emmanuelle Auriol à propos du système français des AOC viticoles, aujourd’hui battu en brêche par le succès des vins de cépages étrangers.

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