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Les actes de la 12ème Université d’Eté de l’Innovation rurale. Marciac 2006
Communication et Agriculture : « Il manque un espace de médiation entre la sécheresse du réel et le lieu des affects » Par Eric Bardon. Ministère de l’Agriculture et de la Pêche.
Eric Bardon est Délégué à l’information et à la communication du ministère de l’Agriculture et de la Pêche. Intervention dans le cadre du débat « Comment débattre des sujets qui fâchent ? ». Marciac 2006. Organisé à Marciac par la Mission Agrobiosciences et la Communauté de Communes Bastides et Vallons du Gers. Avec le soutien financier du Conseil Régional Midi-Pyrénées et le Conseil Général du Gers

En tant que praticien de la communication publique et après ces deux interventions, je souhaiterais témoigner de l’expérience vécue et donner mon sentiment sur ce qu’appelle cette nouvelle donne. Depuis une dizaine d’années, en effet, dans le domaine de l’agriculture, les sujets qui fâchent se succèdent : l’ESB, les OGM, les pesticides, les ressources en eau, les nitrates, la grippe aviaire... Autant de crises, d’alertes voire d’états d’urgence qui, à la Une des médias, ont paradoxalement contribué à hisser l’agriculture en tête des sujets dits de société. Elle était jusqu’alors l’objet d’une certaine discrétion médiatique, depuis l’avènement de la prospérité alimentaire en Europe. Ces sujets auraient-ils eu un tel retentissement si la communication entre le monde agricole et le reste de la société - urbaine à 80%- n’avait pas été, jusqu’aux crises récentes, sous-estimée au cours des quarante dernières années de politique agricole commune ?

Une intention louable, des effets anxiogènes

A la suite, entre autres, du traumatisme du « sang contaminé », du choc de l’après-Tchernobyl et de la prise de conscience internationale du caractère irréversible de certains dommages environnementaux, les pouvoirs publics français et européens ont tenté d’appréhender ces nouvelles questions agricoles avec pour guide le principe de précaution, et son corollaire, la transparence dans la communication. Une résolution qui ne manque pas de soulever, aujourd’hui, plusieurs paradoxes.

 

D’abord sur la transparence. Une intention on ne peut plus louable qui consiste à informer les citoyens de ce que les pouvoirs publics savent d’une situation donnée, mais aussi de ce qu’ils ne savent pas : des domaines d’incertitude scientifique face aux risques, « en l’état actuel des connaissances », des pans de doute quant à une prospective de l’agriculture, de la multiplicité des scénarios possibles, du coût financier des mesures en projet ou en œuvre. Ensuite, cette récente volonté d’ouvrir les vannes de l’information, censée contribuer à rassurer l’opinion publique, ne risque-t-elle pas, au contraire, d’avoir un effet anxiogène ? Anxiogène quand, à propos de la vache folle ou d’autres crises sanitaires, une grande partie de la société découvre brutalement les réalités d’une agriculture et d’une industrie agroalimentaire dont la technicité n’a cessé d’avancer sans bruit, à tort ou à raison, dans un emballage « terroir » ou « rustique », derrière la bonhomie d’une grand-mère amidonnée, d’un paysage recomposé, d’un village muséifié. Il a bien fallu parler des abattoirs que les consommateurs ne voulaient plus voir, révéler ces hautes technologies sans plus flatter la nostalgie des mets d’antan, ôter le béret de la tête des paysans. A présent que le voile est levé, la réalité est d’autant plus dure à digérer que les Français ont perdu, au fil des dernières générations, leur traditionnelle culture agricole. Anxiogène aussi quand, hésitant entre la volonté de rassurer et le souci de protéger, la communication publique informe d’un risque potentiel et doit affronter le légitime impact émotionnel auprès de l’opinion publique, médias interposés. Anxiogène enfin quand, à la différence du nécessaire dialogue médecin/patient, il manque un espace de médiation, de communication donc, entre la sécheresse du réel et le lieu des affects, des imaginaires et des représentations.

Elle est aussi sujette à suspicion, cette volonté affichée de dire et de rendre compte. Quoi de plus normal après tout ? Après des décennies de silence où tout allait de soi, cette préoccupation ne prend-elle pas sa source dans les crises qui ont désemparé le monde agricole et bouleversé l’opinion ? Une démarche défensive, non pas issue d’un lent processus de maturation, mais comme marquée du sceau de la panique face aux événements et aux mutations brutales de la perception du risque. Conférer de nouveau une légitimité et une crédibilité à l’exercice d’une communication transparente par les pouvoirs publics est d’autant plus inconfortable que les socles de certitudes, de connaissances et de visibilité ont rétréci comme peau de chagrin. Tel est bien, pourtant, le pari de la mise en œuvre du principe de précaution. Agir malgré les doutes, et sans masquer ces derniers, au risque de possibles incompréhensions, de plausibles malentendus. Tel est le paradoxe de la transparence qui éclaire aussi toute l’étendue de l’ombre.

Une chance pour repenser la communication publique

On le voit, la communication publique est un exercice d’autant plus délicat que d’aucuns pourraient voir dans le principe de précaution, insuffisamment explicité et principal inspirateur de la décision publique, un défaut d’autorité. N’y aurait-il pas là au contraire un appel à reconnaître et mieux connaître la prise de risque qu’est précisément la décision publique, grâce à une fonction étendue de la communication publique ? Hélas, formatée depuis des années pour maîtriser la technique et non le contenu, le média et pas le message, habile à nager à l’aval de l’action publique, comment la communication aurait-elle pu développer une compétence à contre-courant ? Faute de n’avoir été sollicitée que dans son versant marketing, la communication publique a été oublieuse de sa fonction fondamentale. Celle qui consiste à créer les conditions d’une compréhension mutuelle, qui permet de s’assurer que la relation (au sens de relater) a bien été comprise, quand bien même il y aurait désaccord. Reléguée à une mission d’accompagnement des politiques publiques, laissée à la libre appréciation de tel ou tel décideurs, souvent réduite à deux qualificatifs - une communication est ‘bonne’ ou mauvaise’ - isolée dans un département ou un service, comment espérer qu’elle irrigue l’ensemble du processus de décision ? Qu’elle réponde au défi d’une autorité publique et d’une cohésion sociale retrouvées ? Selon moi, repenser la fonction et le fonctionnement de la communication publique permettrait en partie de répondre aux enjeux que pose actuellement la nouvelle donne des rapports entre les sciences, les techniques, la sphère économique, le pouvoir politique et l’opinion publique. A la complexification des problèmes à résoudre. Aux attentes nouvelles des citoyens liées à la diffusion des connaissances et des informations. Aux exigences accrues qu’instaure le principe de précaution.

Les « objets » que proposent l’agriculture et le monde rural (paysages, plantes génétiquement modifiées, agro-business, rurbains...) en sont exemplaires tant ils suscitent à la fois les rejets et les adhésions, les polémiques et les attachements, les conflits d’intérêt et d’usage liés au sentiment d’une appartenance commune à des territoires. Ces objets hybrides traduisent les interactions croissantes de domaines jusque-là cloisonnés -la nature, la technique, la culture...- la mixité des acteurs, les connexions inédites entre la ville et la campagne. Une chance, peut-être, pour reconsidérer et expérimenter la mission première de la communication : contribuer à construire un espace commun par l’instruction des contradictions, à expliquer et médiatiser sans simplifier, à produire par l’échange plutôt qu’à convaincre.

La communication publique a besoin, pour cela, d’avoir recours à l’expertise tout au long de son exercice. Elle doit retrouver le temps de la réflexion préalable et non de la seule réactivité. A l’instar des grandes missions régaliennes, telle que la sécurité sanitaire des aliments, la communication publique doit pouvoir s’appuyer sur les contributions des sciences, notamment humaines et sociales - anthropologues, sociologues, politologues et philosophes- pour développer de nouveaux processus de médiation, à la mesure des enjeux économiques, scientifiques, culturels, environnementaux de notre société. Une publication. Mission Agrobiosciences. Eric Bardon. Université d’été de l’innovation rurale. Marciac 2006. Ecrite et éditée grâce au soutien financier du Conseil Général du Gers. Marciac 2006

On peut également lire ces interventions lors du débat "Comment débattre des sujets qui fâchent" Marciac. 2006

« L’agriculture se voit assigner une fonction symbolique disproportionnée »- Par Jean-Luc Mayaud. Historien. Dans le cadre du débat « Comment débattre des sujets qui fâchent ? ». Université d’été de l’innovation rurale. Marciac 2006.

« DEBAT OGM : DE LA DIFFICULTE A ELABORER LE COMPROMIS »- DANS LE CADRE DU DEBAT « COMMENT DEBATTRE DES SUJETS QUI FACHENT ? » DE L’UNIVERSITE D’ETE DE L’INNOVATION RURALE. MARCIAC 2006.

Accéder à la table ronde : « OGM : ces débats qu’on malmène... »- qui a précédé ce débat. Table ronde avec Alain Toppan : directeur de recherche en génétique végétale, il a d’abord mené son activité au Cnrs avant de rejoindre le secteur privé. Favorable aux essais en plein champ, il prône une évaluation des Ogm au cas par cas. Matthieu Calame : ingénieur agronome au sein de la Fondation Charles-Léopold Mayer, il a publiquement exprimé, en diverses occasions, son opposition aux Ogm qui, selon lui, relèvent du domaine de l’inutile et de l’incertain. Philippe Martin : Député du Gers et Président du Conseil général, cet élu a initié le premier référendum citoyen dans son département, sur la présence d’expérimentations d’Ogm en plein champ sur le territoire du Gers(2). Bernard Chevassus-au-Louis (modérateur) Directeur de recherche INRA. Ancien Directeur général de l’Inra puis Président de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), Bernard Chevassus a également été vice-président de la Commission du génie biomoléculaire, qui évalue les demandes d’essais d’Ogm en France

Communication et Agriculture : « Il manque un espace de médiation entre la sécheresse du réel et le lieu des affects »- Par Eric Bardon. Ministère de l’Agriculture et de la Pêche. Dans le cadre du débat « Comment débattre des sujets qui fâchent ? ». Université d’été de l’innovation rurale. Marciac 2006.

Accéder à l’ensemble des actes de la 12ème Université d’Eté de l’Innovation Rurale « L’Agriculture entre Contrats et Contrôles »-. Marciac. Août 2006.

Accéder aux actes de Toutes les éditions des Université d’été de l’innovation rurale de Marciac-

Accéder à toutes les publications : Agriculture et Société Des conférences-débats, tables rondes, points de vue et analyses afin de mieux cerner les problématiques sociétales liées au devenir de l’agriculture. Edité par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences.

Accéder à tous les Entretiens et Publications : OGM et Progrès en Débat » - Des Points de vue transdisciplinaires... pour contribuer au débat démocratique. Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences

Accéder à toutes les publications : Sur le bien-être animal et les relations entre l’homme et l’animal- Pour mieux comprendre le sens du terme bien-être animal et décrypter les nouveaux enjeux des relations entre l’homme et l’animal. Au cours de forums, de tables rondes, d’entretiens et de restitutions de colloques, la Mission Agrobiosciences cherche, au-delà du décryptage du terme bien-être animal, sujet à controverse, à déceler les enjeux et les nouvelles relations qui lient l’homme et l’animal et à en mesurer les conséquences pour le devenir de l’élevage, de l’alimentation et de la recherche médicale. Un débat complexe mêlant des notions de souffrance et de plaisir, d’éthique, de statut de l’animal, de modèles alimentaires...

Accéder à toutes les Publications : Alimentation et Société- Des conférences-débats, tables rondes, points de vue et analyses afin de mieux cerner les problématiques sociétales liées au devenir de l’alimentation. Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences.

Accéder à toutes les publications « Alimentation en Débats du Plateau du J’GO-.Un Télescopage de points de vue de scientifiques, producteurs et cuisiniers sur l’actualité de l’Alimentation et de la Société organisé par la Mission Agrobiosciences. En collaboration avec le bistrot du J’Go à Toulouse. Rencontres enregistrées et diffusées le troisième mardi de chaque mois de 17h30 à 18h30 et le troisième mercredi de chaque mois de 13h à 14h sur Radio Mon Païs (90.1).

Accéder à toutes les Publications : L’agriculture et les bioénergies. Depuis 2005, la Mission Agrobiosciences a participé à plusieurs manifestations (et a organisé des débats) sur le thème des bioénergies et de ses enjeux pour le futur de l’agriculture. Le magazine Web « Agrobiosciences » permet d’accéder à leurs contenus et de disposer d’éléments d’éclairage sur les possibilités, les limites, les solutions alternatives. L’ensemble réunit les analyses d’acteurs des filières industrielles et agricoles ainsi que des chercheurs tant dans le domaine de l’économie que de la chimie. (Septembre 2006)

Accéder à toutes publications Histoires de... »- Des conférences-débats, articles et chroniques. Ces publications « Histoire de... » de la Mission Agrobiosciences concernent la science, l’agriculture, l’alimentation et leurs rapports avec la société. Des regards sur l’histoire, pour mieux saisir les objets dont on parle et l’origine technique et humaine des « produits » contemporains. Editées par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences.

Accéder à toutes les publications. Sur l’eau et ses enjeux Pour mieux comprendre les enjeux locaux et mondiaux et les turbulences qui agitent les acteurs de l’eau Au cours de forums, de tables rondes et de conférences, de revues de presse et de sélections d’ouvrages, la Mission Agrobiosciences cherche à décrypter les enjeux mondiaux et locaux qui agitent le monde de l’eau : de la simple goutte perlant au robinet aux projets de grands barrages, d’irrigations en terres sèches... les turbulences scientifiques, techniques, médiatiques et politiques du précieux liquide.

Accéder à toutes les Publications : Sciences-Société-Décision Publique- Une « expérience pilote » d’échanges transdisciplinaires pour éclairer les enjeux, mieux raisonner, par l’échange, les situations de blocages en « Science et Société », instruire les débats en cours, clarifier des enjeux scientifiques et sociétaux des avancées de la recherche, participer à l’éclairage de la décision publique et proposer des réflexions et des objets de recherche à la science. Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences.

Accéder à toutes les Publications : Science et Lycéens- Des conférences de scientifiques de haut niveau et des débats avec les lycéens exprimées dans le cadre « L’Université des Lycéens » une expérience pilote pour lutter contre la désaffection des jeunes pour les carrières scientifiques. Ces publications constituent un outil pédagogique « vivant » qui favorise une lecture agréable et une approche « culturelle » de la complexité de la science. Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences

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