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Les vendredi 28 et samedi 29 juillet 2017, à Marciac (Gers)
Les 23èmes Controverses européennes de Marciac
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Les actes de la 12ème Université d’été de l’Innovation rurale. Marciac 2002
Controverse. « OGM : ces débatsqu’on malmène » Dans le cadre du débat « Comment débattre des sujets qui fâchent ? » de l’Université d’été de l’Innovation Rurale. Marciac 2006.
Organisé à Marciac par la Mission Agrobiosciences et la Communauté de Communes Bastides et Vallons du Gers. Avec le soutien financier du Conseil Régional Midi-Pyrénées et le Conseil Général du Gers.

En novembre 1996, le journal Libération titrait : « Alerte au soja fou ». Née dans l’émotion de la « vache folle », aggravée par le désaccord entre experts scientifiques et l’imminence de la commercialisation d’un maïs et d’un soja transgéniques, la contestation des Ogm par différents acteurs de la société ne pouvait que s’aviver. Dix ans ont passé, ponctués d’une valse d’autorisations et d’interdictions, d’actions militantes, de recours juridiques et de débats citoyens pour aboutir à un moratoire informel. Reste que les actions militantes n’ont pas cessé et que la demande d’information sur les essais au champ est toujours aussi vive, alors même que les parties prenantes semblent à bout d’arguments. Pour tenter d’y voir plus clair sur les impasses et les avancées possibles de ce débat, trois intervenants, qui connaissent des positions et des implications différentes sur le dossier des Ogm, répondent aux questions de Bernard Chevassus-au-Louis(1), dans le rôle du modérateur de cette table ronde, séquencée en trois parties avec Alain Toppan, Philippe Martin et Mattieu Calame.

Alain Toppan : directeur de recherche en génétique végétale, il a d’abord mené son activité au Cnrs avant de rejoindre le secteur privé. Favorable aux essais en plein champ, il prône une évaluation des Ogm au cas par cas. Matthieu Calame : ingénieur agronome au sein de la Fondation Charles-Léopold Mayer, il a publiquement exprimé, en diverses occasions, son opposition aux Ogm qui, selon lui, relèvent du domaine de l’inutile et de l’incertain. Philippe Martin : Député du Gers et Président du Conseil général, cet élu a initié le premier référendum citoyen dans son département, sur la présence d’expérimentations d’Ogm en plein champ sur le territoire du Gers(2). Bernard Chevassus-au-Louis (modérateur) Directeur de recherche INRA. Ancien Directeur général de l’Inra puis Président de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), Bernard Chevassus a également été vice-président de la Commission du génie biomoléculaire, qui évalue les demandes d’essais d’Ogm en France

Sur les formes du débat : défauts de procédures

Bernard Chevassus : Le principe de cette séquence ne consiste pas à organiser la énième confrontation sur les organismes génétiquement modifiés, mais à prendre le recul nécessaire pour donner une lecture des dix années écoulées en termes de débat. Déjà, en 1992, le député Daniel Chevalier(3) avait imaginé que les Ogm soient soumis à une procédure de débat public, ce qui n’a pas été retenu par la loi du 13 juillet 1992 destinée à organiser l’information des consommateurs sur la mise sur le marché de ces organismes. Depuis, diverses procédures ont été testées ici ou là : les conférences de citoyens, les conférences de « sages », les rapports demandés aux trois assemblées représentatives
- Assemblée Nationale, Sénat, Conseil Economique et Social -, le groupe de travail du Commissariat Général du Plan, sans oublier les délibérations de la justice lors d’un certain nombre de procès... Cette mise à plat des différentes formes de débats et de concertations est d’autant plus importante que la polémique née autour des Ogm me semble être le prototype de ce qui se reproduira pour de nombreuses innovations touchant au vivant. Je me tourne donc vers les protagonistes de cette table ronde : quel regard portez-vous aujourd’hui sur les formes du débat durant ces dix dernières années ?

Matthieu Calame : « Impréparation, cadrage trop étroit et manque de données ». Les premiers débats ont été marqués

 

par l’impréparation. La soudaineté de la contestation a pris tout le monde de court. Il faut se souvenir qu’au début des années 90, la transgenèse n’était absolument pas considérée par les politiques comme une question prioritaire, au contraire du nucléaire. Il a donc fallu en premier lieu circonscrire l’objet du débat, avec d’un côté, les tenants d’une version minimaliste- il faut se contenter d’un débat purement technique sur un aspect technologique, avec une évaluation sanitaire et environnementale de ses effets éventuels - et les tenants d’un débat très large, intégrant la question de la gouvernance de la recherche qui, en tant qu’outil de changement des sociétés, doit être soumis à l’avis des citoyens. Cette seconde approche posait des questions éthiques, qui ont souvent été assimilées un peu à la légère à de l’idéologie, à moins qu’il ne se soit agi d’une manière de disqualifier certains acteurs ou certains discours. Par ailleurs, sur les aspects économiques, la plupart des débats ont été catastrophiques tant les enjeux étaient imprécis, ne serait-ce qu’en raison des intérêts énormes de part et d’autre. Enfin, le débat a souffert de la somme considérable de données qui interagissent et qui sont pourtant le préalable à toute délibération : des chiffres sur les intérêts économiques, le poids des filières, les différents choix de société et de modèles agricoles que cela implique, la question de la privatisation des semences... Sur ce point, nous ne disposons toujours pas d’un document précisant tous les enjeux et sur lequel s’accorderaient tous les acteurs, à l’instar de l’enquête dans la procédure judiciaire. Tant que nous ne l’aurons pas fait, nous aurons du mal à progresser.

Alain Toppan : « Un exemple de tout ce qu’il ne fallait pas faire »... Pour moi, il y a eu des embryons de débat sur des segments très particuliers du vaste sujet des Ogm et, finalement, nous sommes restés dans un balbutiement. En 1990, l’un des tous premiers débats qui a eu lieu - je rejoins Matthieu quand il dit qu’il y avait surprise et impréparation
- avait pour objet de donner un cadre législatif et réglementaire à la commercialisation des Ogm. Plus tard, en 1998, s’est déroulée la Conférence des citoyens, au Parlement. Ce type de procédure a été pensé à l’époque dans un système de représentation stricte ; aujourd’hui, nous mettrions l’accent sur un dispositif plus participatif. Cette conférence est quasiment passée inaperçue. Et effectivement, le projet de loi du député Daniel Chevalier allait beaucoup plus loin que les recommandations élaborées par le panel de citoyens. Par la suite, n’oublions pas qu’il y a eu près d’une centaine de débats un peu partout en France, avec une volonté institutionnelle d’aller très loin, à travers des conférences très ciblées ou, au contraire, ayant un champ de questionnement très large. Là encore, cela n’a pas trouvé un réel écho. Car finalement, ce qui était attendu et qui l’est encore aujourd’hui par tous, c’est autre chose : un débat participatif de proximité, qui ne reprenne pas simplement des aspects réglementaires ou législatifs, mais qui embrasse tout l’horizon de ce que cristallisent les Ogm : la mondialisation, le rapport à la nature, etc. D’autre part, et je le regrette, je ne peux pas considérer toutes ces réunions publiques et autres forums comme des débats au sens propre du terme, car on assiste le plus souvent à une guerre de position. L’objectif n’y est pas de chercher à envisager les très nombreuses facettes de ce sujet - scientifique, économique, éthique - mais d’affirmer des postures qu’on ne souhaite surtout pas faire bouger. C’est blanc ou c’est noir. Nous en sommes encore là. Pourtant, selon moi, les Ogm sont à analyser au cas par cas, tant sur le plan scientifique que réglementaire. Accepter ou refuser en bloc une technologie en tant que telle, sans même discuter des utilisations, semble curieux. Et puis, il faut être deux dans les réunions publiques. La plupart du temps, elles ne rassemblent qu’une seule partie prenante. En clair, les intervenants sont tous d’accord entre eux. Où est le débat, dans ce cas ? Les procédures mises en oeuvre pour débattre des Ogm sont en fait l’exemple de tout ce qu’il ne faut pas faire, par exemple sur le prochain sujet à venir que sont les nanotechnologies
.

Philippe Martin : « Un débat qui n’a pas eu lieu ». Sur un point, je suis en accord avec Alain Toppan : malgré tous les débats organisés ces dernières années, beaucoup ont le sentiment que le débat n’a pas eu lieu. Un débat permettant d’éclairer vraiment les citoyens sur les enjeux afin qu’ils puissent opérer un choix en connaissance de cause. Il faut donc s’interroger sur la manière dont on a abordé ce dossier. Les citoyens sont de plus en plus exigeants en matière de transparence et d’explication sur les questions qui engagent leur vie quotidienne et l’avenir des générations futures. Je ne suis pas du tout de l’avis de Alain Toppan lorsqu’il évoque l’absence de diversité des intervenants dans les débats. Lorsque nous avons lancé l’initiative du référendum citoyen dans le Gers, nous avons organisé des débats préparatoires avec des partisans et des opposants aux Ogm - Alain Toppan a participé à l’un d’entre eux, d’ailleurs. Finalement, nous sommes les seuls à avoir donné la parole à des pro-Ogm, et ce afin d’organiser une controverse utile. Ce qui me préoccupe dans la problématique des Ogm, c’est l’enjeu démocratique qu’elle soulève. Votre journée de demain a pour fil rouge « quelles issues pour la décision publique ? » . C’est pour moi le coeur du sujet. Et je constate que si l’Etat proclame haut et fort son souhait d’aller très loin en matière de démocratie et de principe de précaution, sa pratique n’est pas à la hauteur du discours. Si la population nourrit une inquiétude par rapport aux Ogm, c’est bien parce qu’elle n’a pas été associée à la réflexion en amont et que l’histoire lui rappelle qu’on la met très souvent à l’écart du débat. D’ailleurs, je ne décèle toujours pas une volonté nette d’aborder avec franchise l’ensemble des éléments et des connaissances sur les Ogm avec les citoyens. On entend souvent dire : « c’est un sujet compliqué », « on ne va pas rentrer dans le détail », « il n’est pas pensable d’imaginer que tous les citoyens puissent être capables de savoir s’il faut, ou non, autoriser les Ogm ». Oui le sujet est compliqué. Mais après tout, le texte de 468 articles (Ndlr : la Constitution européenne) sur lequel on a demandé aux Français de se prononcer par « oui » ou par « non » n’était pas moins ardu ! On trouve parfois chez les chercheurs et les scientifiques cette réticence à s’expliquer, à se mettre au niveau des citoyens, même lorsqu’ils sont de bonne foi et ont envie de faire progresser les connaissances au bénéfice de la société toute entière. Eux aussi doivent s’interroger sur la façon dont ils abordent ces sujets vis-à-vis des citoyens. Ces derniers ne sont plus prêts à entendre un discours leur expliquant qu’ils n’ont pas à se préoccuper de ce genre de questions et qu’il y a des gens plus intelligents qu’eux pour le faire à leur place.

Bernard Chevassus : « Maîtriser le débat, une utopie tentante ». Un commentaire, si vous le permettez, par rapport aux propos de Matthieu Calame qui déplore l’absence d’un inventaire exhaustif des questions à poser et des acteurs concernés. En m’inspirant de ce qu’a écrit Michel Callon(4) sur la question, je me demande s’il n’est pas utopique de prétendre faire l’inventaire a priori. N’est-ce pas justement le débat qui, progressivement, permet de repérer ce qu’il convient de prendre en compte ? C’est la dynamique même du débat qui révèle le cadrage trop étroit de la question initiale. Deuxième remarque, quand on observe attentivement les liens que préconisent les sites qui, sur Internet, militent pour ou contre les Ogm, nous voyons se dessiner deux bulles totalement distinctes. Les partisans ne renvoient jamais vers un site d’opposants et inversement. Cela me conduit à me demander si la plupart des acteurs n’a pas sciemment choisi de se contenter d’affirmer des positions... Troisième remarque : j’ai également le sentiment que ceux qui ont travaillé à mettre en place des formes de débat rêvaient de théâtre classique : un événement limité dans le temps, dans l’espace et dans les acteurs, qui aurait permis de servir de « maquette » se substituant au débat social, trop « compliqué » à organiser et moins gérable. Il y aurait là l’utopie de pouvoir réinventer des formes maîtrisables du débat. Pour lancer un peu la polémique, je dirai même qu’organiser un référendum peut aussi répondre à une tentation, celle de clore définitivement le débat !

Sur le fond : quels acquis en retirer ?

Bernard Chevassus : Sur le fond, considérez-vous qu’à travers tous ces échanges, des questions intéressantes ont malgré tout émergé sur l’innovation, permettant d’aborder différemment les débats de demain ?

Alain Toppan : « Prendre le temps ». La portée positive que je repère se situe sur le versant scientifique. Les questions posées en public ont en effet suscité un grand nombre de travaux de recherche. Comment aller plus loin ? Je tire de mon expérience que les débats les plus fructueux se déroulaient devant de petites assistances, dans une atmosphère conviviale qui, favorisant une certaine confiance, a permis que nous allions plus loin dans les arguments. Chacun y trouvait des éléments de réflexion pour lui-même. Dans ce cas, nous ressortons de là un peu grandis. Ensuite, je voudrais signaler l’importance du temps dans le processus de l’innovation. Pour le scientifique, l’innovation est en devenir, il ne peut pas décider ou pressentir toutes les applications possibles. Elle est issue de connaissances nouvelles qui nécessitent qu’on prenne le temps d’expliquer l’aspect théorique et d’intégrer l’objet dans une réflexion économique, sociale, politique et éthique pour pouvoir se forger une opinion.

Matthieu Calame : « Faire appel au Souverain ». Il y a eu en effet un progrès immense dans le monde scientifique, toutes disciplines confondues : à partir du moment où la voix du quidam peut faire la différence, vous avez intérêt à faire un effort de clarté : pas question en effet de balayer les contradictions et les contradicteurs par des arguments d’autorité, ou en se réfugiant dans un langage abscons, ce qui contribue à faire rentrer la science en démocratie. Cette pratique d’interaction avec le reste de la société a également contribué à ouvrir des champs nouveaux de recherche, à faire remonter des questions nouvelles. Pour les chercheurs qui s’y sont prêtés, cela a incontestablement constitué un enrichissement de leur propre travail. D’autre part, le processus d’échanges d’idées entre acteurs, même mené de bonne foi, peut ne pas déboucher sur le consensus. Dans ce cas, il nous reste à nous adresser à ce qu’on appelle en Suisse le « Souverain », c’est-à-dire le peuple et non, comme on pourrait le penser en France, le Chef de l’Etat, ce qui montre bien la différence de deux univers mentaux. Sur les Ogm, les Suisses ont fait la même chose que le Gers : une « votation » qui a débouché sur un moratoire sur cinq ans des cultures transgéniques. Car l’envie de débattre finit par s’épuiser : a priori, s’il existait des positions conciliables sur les Ogm, nous les aurions déjà trouvées.

Bernard Chevassus : Cela a mis du temps, mais cela a effectivement révélé que lorsque les scientifiques parlaient d’Ogm, ils se référaient à un objet technique dans l’absolu, tout beau et tout neuf, tandis que le reste de la société désignait une réalité socio-économique sortie des laboratoires et s’insérant dans le quotidien. L’innovation est vue d’un côté sous une face pleine de promesses, de l’autre, sous une face déjà chargée d’histoire et de contexte social. Pour résumer, on a un peu trop assimilé « invention », processus essentiellement technique, et « innovation », processus largement social.

Quelles recommandations pour demain ?

Bernard Chevassus : En résumé, soyons plus modestes, dites-vous. Ne demandons pas au débat de forger le consensus, mais plus simplement de dresser un large inventaire documenté des questions qui se posent afin d’aider la décision. Cela dit, nous voyons actuellement émerger d’autres innovations, issues de la génétique, de la chimie ou de la physique... Quelles recommandations feriez-vous pour mener ces débats à venir ?

Matthieu Calame : « Des ateliers-scénarios ». Déjà, il faudrait s’y prendre beaucoup plus tôt ! Notamment avant que la plupart des acteurs soient déjà très engagés financièrement. Quant le débat sur les Ogm est né, un certain nombre d’options de développements et de recherches était déjà prises qui exigeaient, pour certains acteurs, un retour sur investissement. Avec le temps, ces derniers ont appris que le débat est certes coûteux, mais souvent bien moins qu’une opposition frontale qui dure des années. Ensuite, plutôt que de vastes débats grand public, il conviendrait de privilégier des processus d’atelier-scénario réunissant un panel de citoyens, afin d’analyser comment il réagit à différentes hypothèses. Un dispositif qui pourrait d’ailleurs être mis en oeuvre pour les grandes orientations de la recherche en général... Troisième point : il conviendrait de mieux articuler le débat et la prise de décision. A partir du moment où un Etat décide de la tenue d’un référendum, par exemple, émerge une envie de débat, comme on l’a vu sur la Constitution européenne, car les citoyens savent que leur avis va compter. Mais il faut que le tempo soit suffisamment long - trois à quatre ans - et que les acteurs conviennent d’une procédure légitime pour tous. Enfin, il ne faut pas demander une réponse binaire
- oui ou non - mais proposer plusieurs scénarios, qui replacent la technologie dans un contexte large.

Alain Toppan : « Le rôle du politique ». Le référendum a tendance à me hérisser car ce type de consultation déplace la difficulté de la décision, sur des questions qui comportent une multiplicité de facettes, du politique, qui ne sait pas ou ne veut pas trancher, vers les citoyens. Personnellement, j’attends du politique qu’il fasse cette synthèse multidisciplinaire, avec un regard à plus ou moins long terme et en séparant bien son rôle de celui des experts, qui ne doivent pas prendre position mais donner les éléments nécessaires à une décision en toute connaissance de cause.

Philippe Martin : « Pour la dissémination de la démocratie en plein champ ». C’est toute la difficulté du rôle du politique. Il doit prendre et assumer les décisions et faire en sorte que son choix soit éclairé le mieux possible. Il doit aussi prendre le risque de déplaire, en allant à contre-courant de certaines opinions, tout en veillant à ne pas se couper de la population. C’est la quête de cet équilibre qui rend la tâche complexe. Quant à la proposition de référendum que j’ai faite, je dois préciser que celle-ci n’a pas trouvé de traduction réelle en raison d’une interdiction prononcée par le tribunal administratif, alors même que plusieurs lois existantes prétendent donner les moyens aux citoyens d’invoquer le principe de précaution et d’accroître la démocratie participative. De fait, quand un département tente de mettre en pratique ces textes sur les Ogm, l’Etat lui répond qu’il ne le peut pas et que cela ne relève pas de ses prérogatives. Pourtant, les routes nationales, les IUT, pour ne prendre que deux exemples, ne relèvent pas non plus des compétences d’un Département. Eh bien l’Etat ne refuse pas pour autant la participation financière du Conseil Général... Il semble que pour l’Etat, la notion de compétence soit à géométrie variable. Il choisit les questions sur lesquelles il veut que les collectivités s’investissent, et celles où elles n’ont pas le droit au chapitre. C’est tout à fait dommageable. Cela étant, je ne suis pas non plus un défenseur aveugle du référendum. Cette formule qui aboutit à une réponse par oui ou par non peut verser dans la caricature. Si j’ai voulu lancer cette procédure, c’est que j’ai été frappé par le nombre grandissant de citoyens s’adressant à leurs maires, eux-mêmes désarmés au plan démocratique pour apporter les réponses attendues. J’ajoute que je ne me résous pas au fauchage. Cette expression violente ne me convient pas, même si je la perçois comme une réponse à une autre violence : celle d’essais Ogm en plein champ, menés sans explication et dans la plus grande opacité. Enfin, cette initiative a pris place dans un contexte national où les pouvoirs publics retardent les décisions : le Parlement repousse sans cesse la loi de transposition sur les Ogm par crainte, sans doute, d’un « CPE environnemental » et par crainte de s’engager dans une voie irréversible. Tant que l’explication scientifique ne permettra pas de mieux éclairer ce à quoi on s’engage avec les Ogm, il y aura une défiance, et une menace pour notre démocratie. Plus que jamais, je plaide vigoureusement pour la « dissémination de la démocratie en plein champ ».

Bernard Chevassus : Je soulignerai en conclusion qu’il nous faut sans doute sortir du schéma de la « Grande Décision ». Sur ces thématiques complexes et évolutives, il conviendrait d’apprendre à fractionner les différentes questions et à adopter des processus interactifs débat/décision, décision/débat, avançant à pas plus mesurés. Car plus on va vers une décision qui paraît poser problème, plus on a peur du « CPE environnemental  » - j’aime bien cette expression - , plus la situation risque de se bloquer. Enfin, il nous faut réfléchir aux échelles territoriales pertinentes pour la prise de décision : est-ce la commune, le département, la région ou l’Europe ? Merci à nos trois intervenants d’avoir donné tous ces éléments de cadrage. ■

Une publication Mission Agrobiosciences écrite et éditée grâce au soutien financier du Conseil Général du Gers. Marciac 2006

(1) Directeur de recherche INRA, spécialiste de la génétique des poissons. Ancien Directeur général de l’Inra puis Président de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), Bernard Chevassus a également été vice-président de la Commission du génie biomoléculaire, qui évalue les demandes d’essais d’Ogm en France. Il consacre une grande partie de son activité à l’expertise, à l’analyse des risques sanitaires et environnementaux, ainsi qu’à la participation des citoyens dans processus. Notons qu’il a présidé le groupe de concertation du Commissariat Général du Plan sur les qui a donné lieu rapport « Ogm agriculture : options pour l’action publique paru en 2001 (La Documentation Française).

(2) C’est en septembre 2004 que Philippe Martin a annoncé son intention d’organiser un référendum d’initiative populaire sur les Ogm dans le Gers, en s’appuyant notamment sur la loi du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales. Celle-ci prévoit en effet le droit à une collectivité territoriale d’organiser cette consultation si au moins un dixième des citoyens lui en fait la demande. Mais aussi sur l’article 72-1 de la Constitution, instauré par la révision constitutionnelle du 28 mars 2003 qui donne à ces mêmes collectivités le droit d’organiser des référendums à valeur décisionnelle. Créée en novembre 2004, l’Association pour un référendum gersois sur les Ogm a eu pour mission de collecter les pétitions des électeurs inscrits dans le département en faveur du référendum, et d’organiser des débats préparatoires. Plus de 16 000 signatures ont été ainsi rassemblées, soit 12,5% du corps électoral. Au cours de l’été 2005, une ordonnance du tribunal administratif de Pau a cependant suspendu l’organisation de la consultation qui devait se dérouler en septembre de la même année. Le Conseil général du Gers ayant fait appel de cette décision, la cour administrative de Bordeaux examine le dossier le 12 octobre 2006.

(3) Daniel Chevalier, Député (PS) des Hautes Alpes a soumis le 22 avril 1992 un projet de loi relatif au contrôle de l’utilisation et de la dissémination des Ogm.

(4) Michel Callon est professeur à l’Ecole des Mines de Paris et chercheur au Centre de sociologie de l’innovation. Consacrant une grande partie de ses travaux aux controverses socio-techniques, il s’attache plus particulièrement à définir les conditions d’une démocratie « dialogique ». Parmi ses ouvrages, notons « Agir dans un monde incertain », avec P.Lascoumes et Y.Barthes, éd. du Seuil. Sept 2001.

Cette table ronde a été suivie du débat « DEBAT OGM : DE LA DIFFICULTE A ELABORER LE COMPROMIS »- DANS LE CADRE DU DEBAT « COMMENT DEBATTRE DES SUJETS QUI FACHENT ? » DE L’UNIVERSITE D’ETE DE L’INNOVATION RURALE. MARCIAC 2006.

Accéder à tous les Entretiens et Publications : OGM et Progrès en Débat » - Des Points de vue transdisciplinaires... pour contribuer au débat démocratique. Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences

On peut également lire

« DEBAT OGM : DE LA DIFFICULTE A ELABORER LE COMPROMIS »- DANS LE CADRE DU DEBAT « COMMENT DEBATTRE DES SUJETS QUI FACHENT ? » DE L’UNIVERSITE D’ETE DE L’INNOVATION RURALE. MARCIAC 2006.

Communication et Agriculture : « Il manque un espace de médiation entre la sécheresse du réel et le lieu des affects »- Par Eric Bardon. Ministère de l’Agriculture et de la Pêche. Dans le cadre du débat « Comment débattre des sujets qui fâchent ? ». Université d’été de l’innovation rurale. Marciac 2006.

« L’agriculture se voit assigner une fonction symbolique disproportionnée »- Par Jean-Luc Mayaud. Historien. Dans le cadre du débat « Comment débattre des sujets qui fâchent ? ». Université d’été de l’innovation rurale. Marciac 2006.

Accéder à l’ensemble des actes de la 12ème Université d’Eté de l’Innovation Rurale « L’Agriculture entre Contrats et Contrôles »-. Marciac. Août 2006.

Accéder aux actes de Toutes les éditions des Université d’été de l’innovation rurale de Marciac-

Accéder à toutes les publications : Agriculture et Société Des conférences-débats, tables rondes, points de vue et analyses afin de mieux cerner les problématiques sociétales liées au devenir de l’agriculture. Edité par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences.

Accéder à toutes les publications : Sur le bien-être animal et les relations entre l’homme et l’animal- Pour mieux comprendre le sens du terme bien-être animal et décrypter les nouveaux enjeux des relations entre l’homme et l’animal. Au cours de forums, de tables rondes, d’entretiens et de restitutions de colloques, la Mission Agrobiosciences cherche, au-delà du décryptage du terme bien-être animal, sujet à controverse, à déceler les enjeux et les nouvelles relations qui lient l’homme et l’animal et à en mesurer les conséquences pour le devenir de l’élevage, de l’alimentation et de la recherche médicale. Un débat complexe mêlant des notions de souffrance et de plaisir, d’éthique, de statut de l’animal, de modèles alimentaires...

Accéder à toutes les Publications : Alimentation et Société- Des conférences-débats, tables rondes, points de vue et analyses afin de mieux cerner les problématiques sociétales liées au devenir de l’alimentation. Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences.

Accéder à toutes les publications « Alimentation en Débats du Plateau du J’GO-.Un Télescopage de points de vue de scientifiques, producteurs et cuisiniers sur l’actualité de l’Alimentation et de la Société organisé par la Mission Agrobiosciences. En collaboration avec le bistrot du J’Go à Toulouse. Rencontres enregistrées et diffusées le troisième mardi de chaque mois de 17h30 à 18h30 et le troisième mercredi de chaque mois de 13h à 14h sur Radio Mon Païs (90.1).

Accéder à toutes les Publications : L’agriculture et les bioénergies. Depuis 2005, la Mission Agrobiosciences a participé à plusieurs manifestations (et a organisé des débats) sur le thème des bioénergies et de ses enjeux pour le futur de l’agriculture. Le magazine Web « Agrobiosciences » permet d’accéder à leurs contenus et de disposer d’éléments d’éclairage sur les possibilités, les limites, les solutions alternatives. L’ensemble réunit les analyses d’acteurs des filières industrielles et agricoles ainsi que des chercheurs tant dans le domaine de l’économie que de la chimie. (Septembre 2006)

Accéder à toutes publications Histoires de... »- Des conférences-débats, articles et chroniques. Ces publications « Histoire de... » de la Mission Agrobiosciences concernent la science, l’agriculture, l’alimentation et leurs rapports avec la société. Des regards sur l’histoire, pour mieux saisir les objets dont on parle et l’origine technique et humaine des « produits » contemporains. Editées par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences.

Accéder à toutes les publications. Sur l’eau et ses enjeux Pour mieux comprendre les enjeux locaux et mondiaux et les turbulences qui agitent les acteurs de l’eau Au cours de forums, de tables rondes et de conférences, de revues de presse et de sélections d’ouvrages, la Mission Agrobiosciences cherche à décrypter les enjeux mondiaux et locaux qui agitent le monde de l’eau : de la simple goutte perlant au robinet aux projets de grands barrages, d’irrigations en terres sèches... les turbulences scientifiques, techniques, médiatiques et politiques du précieux liquide.

Accéder à toutes les Publications : Sciences-Société-Décision Publique- Une « expérience pilote » d’échanges transdisciplinaires pour éclairer les enjeux, mieux raisonner, par l’échange, les situations de blocages en « Science et Société », instruire les débats en cours, clarifier des enjeux scientifiques et sociétaux des avancées de la recherche, participer à l’éclairage de la décision publique et proposer des réflexions et des objets de recherche à la science. Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences.

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