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Contribution aux 19èmes Controverses Européennes de Marciac
Une grenouille qui voulait se faire aussi grosse qu’un bœuf : regard critique sur la norme environnementale Rainforest Alliance CertifiedTM
Par Sylvaine Lemeilleur, Cirad, UMR MOISA, et François Ruf, Cirad, UMR Innovation, Montpellier.

Afin de nourrir la réflexion des prochaines Controverses européennes de Marciac, "Agriculture, environnement et société : quels mondes construisent les normes ?", qui se dérouleront les 30 et 31 juillet prochains à Marciac (Gers), la Mission Agrobiosciences ouvre un espace de contributions écrites. Une invite à apporter son point de vue, son analyse ou ses questionnements, que l’on soit agriculteur, chercheur, formateur, étudiant, responsable de structures associatives, professionnelles ou administratives... voire "simple" citoyen. L’ensemble des textes sera non seulement publié sur le site, mais également diffusé lors des Controverses en version papier.
Sylvaine Lemeilleur et François Ruf relancent le débat avec une lecture très critique de la norme environnementale Rainforest AllianceCertifiedTM. Dans la droite ligne du témoignage de Patrick Oger, ils affirment que l’application des critères de ce label, loin de protéger l’environnement ou les petits planteurs, mènerait plutôt à une augmentation de la productivité des plantations, avec force pesticides… « De la négligence à la tromperie, il n’y a qu’un pas. »

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Si l’on en juge par l’essor remarquable de la certification des standards de développement durable volontaires pour les produits tropicaux (café, cacao,…), le développement durable dans ce secteur serait à portée de main. Sur le papier, ces outils privés, à la fois comme régulation des « bonnes » pratiques sociales et environnementales et comme argument de vente pour des produits plus responsables et éthiques auprès des consommateurs, sont redoutables. Dans les faits, on en est loin !

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label de Rainforest AllianceCertifiedTM

Notre contribution propose un regard critique sur le rôle du standard RainforestAllianceCertifiedTM, un des standards les plus répandus pour le chocolat depuis que le cacao est passé à une « certification de masse », et bien connu sous le label à la petite grenouille verte.

Aujourd’hui, Rainforest Alliance, dont les grands principes tournent autour de normes environnementales et éthiques, représente un succès commercial considérable atteignant en quelques années pour le secteur du cacao 3,2% des parts de marché en volume (Rainforest Alliance, 2011). Rainforest Alliance dont la stratégie est clairement orientée vers les industriels (Potts et al., 2010 ; Daviron and Vagneron, 2011) devrait encore accroitre ses volumes suite aux récents engagements de Unilever, Mars et Kraft (Cosa, 2012). Face aux critiques récurrentes de lobbies environnementaux et médias envers les plantations de cacao accusées de détruire la forêt tropicale et d’exploiter le travail des enfants, l’industrie du chocolat a en effet besoin de la certification montrant sa prise en considération d’un développement durable.

Ainsi, ce phénomène a attiré l’attention – au-delà du cercle des seules parties prenantes de la filière– de nombreux chercheurs en économie du développement sur l’essor de cet outil de régulation privée pour le développement durable. Cependant les résultats des recherches empiriques sur les impacts de Rainforest Alliance sont relativement ambigus sur son efficacité environnementale (Blackman and Rivera, 2010).

Dans nos propres travaux sur le cacao certifié Rainforest Alliance en Côte d’Ivoire (Lemeilleur et al., 2013 ; Ruf et al., 2013), le nombre de visites de contrôle des plantations et des coopératives font émerger des doutes sur la capacité des auditeurs à contrôler le respect des critères. Les cahiers des charges sont beaucoup trop complexes et le nombre des auditeurs, même qualifiés, trop limités pour être crédibles. Par exemple, un des critères environnementaux fondamentaux nécessite la culture de cacao sous ombrage (le cahier des charges du standard requiert de 18 à 25 arbres au-dessus de la canopée cacaoyère). Or, aucun planteur ne respecte une telle norme (la moyenne que nous avons relevée se situe autour de 2 arbres au-dessus de la canopée). Par ailleurs, les principaux changements de pratiques liés aux contrats de certification cités spontanément par les producteurs enquêtés sont la nécessité de tailler les cacaoyers, éliminer les gourmands, laisser de l’espace entre les cacaoyers, bien faire les traitements insecticides. Les changements semblent donc avant tout liés à des critères d’amélioration des rendements des cacaoyères. Concernant les insecticides, le contrat de certification fait organiser les traitements par des « brigades » mises en place par les coopératives. Si ce changement organisationnel permet un meilleur contrôle des produits et respect des doses à l’échelle du planteur, il semble surtout avoir pour effet d’augmenter la consommation de pesticides à l’échelle des villages.

Sur le terrain, la certification du standard relève donc d’abord d’une tentative de vulgarisation agricole, visant à augmenter la productivité des plantations de cacao. Dans un contexte de forte incertitude sur l’offre de cacao au niveau mondial, les chocolatiers promoteurs du standard voient d’abord la certification comme outil de sécurisation de leurs approvisionnements au travers des contrats et investissements consentis en partenariat avec les coopératives. On comprend la stratégie et si elle fonctionne, elle peut aussi servir les intérêts des planteurs. Toutefois, ce recours à la « certification durable » n’est plus du tout un appel rationnel au renversement des pratiques dommageables pour l’environnement, il est un geste de plus dans une quête de relation captive et de rationalité productiviste.

Les problèmes de mise en place et vérifiabilité des attributs de la certification dans les champs, rendent impossibles le respect des critères très stricts attendus par les consommateurs (Giovannucci and Ponte, 2005). De la négligence à la tromperie, il n y a qu’un pas. Face à ces doutes, la demande mondiale en cacao/chocolat certifié risque de fléchir. La « certification de masse » revendiquée par l’ONG Rainforest Alliance dépositaire du standard, cherchant à intégrer le plus grand nombre de producteurs, ne ressemble-t-elle pas à une grenouille a « grande bouche » qui risque d’enfler si fort qu’elle risque d’éclater ?

Bibliographie

- Blackman, A. and Rivera, J., 2010. The evidence base for environmental and socioeconomic impacts of “sustainable” certification. SRNN Discussion Papers, march.
- COSA, 2012. Rainforest Alliance Certification on Cocoa Farms in Côte d’Ivoire, Rainforest Alliance organisation, New-York, US.
- Daviron, B. and Vagneron, I., 2011. From Commoditisation to De-commoditisation...and Back Again : Discussing the Role of Sustainability Standards for Agricultural Products. Development Policy Review, 29(1) : 91-112.
- Giovannucci, D. and Ponte, S., 2005. Standards as a new form of social contract ? Sustainability initiatives in the coffee industry. Food Policy, 30 : 284-301.
- Lemeilleur, S., N’Dao, Y. and Ruf, F., 2013. What is the rationality behind a mass certification process ? The case of the Rainforest Alliance in the Ivorian cocoa sector, 134th EAAE Seminar : Labels on sustainability : an issue for consumers, producers, policy makers, and NGOs., March 21-22, 2013. Paris. France.
- Potts, J., Daitchman, J. and van der Meer, J., 2010. The state of sustainability initiatives review 2010 : Sustainability and transparency. International Institute for Environment Development and International Institute for Sustainable Development (Report, November).
- Rainforest Alliance, 2011. 25 years and still growing, Annual Report.
- Ruf, F., N’Dao, Y. and Lemeilleur, S., 2013. Certification du cacao, stratégie à hauts risques. Inter-reseaux (http://www.inter-reseaux.org/IMG/pd...).

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