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Retour sur l’origine des événements de la Place Taksim.
Aux arbres, citoyens !
Un entretien avec la chercheuse franco-turque Selma Tozanli. 21 juin 2013.
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L’une des nombreuses images postées sur les réseaux sociaux

Immobiles, ils se dressent quelques heures durant dans plusieurs villes de Turquie. Droits comme des ifs, femmes et hommes ont trouvé là une nouvelle forme de manifestation silencieuse et pacifique contre le régime d’Erdoğan. Comme si la protestation prenait racine, à l’image des arbres du parc Gezi dont la cause a embrasé tout le pays. Un élément déclencheur étonnant qui vient révéler l’existence déjà ancienne d’une mobilisation écologiste tenace, en lutte contre le bétonnage tous azimuts du pays, la pollution des eaux et les massacres à la tronçonneuse…
Signe des temps, le ministère qui, il y a peu, s’appelait encore " ministère de l’Environnement et de la Forêt", s’est vu rebaptiser "ministère de l’Environnement.. et de l’Urbanisation" ! Pour la Mission Agrobiosciences, les éclaircissements de la chercheuse franco-turque Selma Tozanli, socio-économiste, enseignant-chercheur à l’Institut agronomique méditerranéen de Montpellier(Ciheam-Iamm).

 

La Mission Agrobiosciences : Avez-vous été surprise par la soudaineté de ce soulèvement - comment faut-il le qualifier, d’ailleurs, car il se veut avant tout pacifique ?
Selma Tozanli : Si l’on veut rester fidèle au mot turc qui désigne ce mouvement, il faut parler de « résistance civile ».
Les dernières fois que je me suis rendue en Turquie, il m’avait bien semblé percevoir des choses intéressantes, très prometteuses. Mais alors que j’en parlais à des collègues et des amis, ils m’avaient répondu qu’il y avait au contraire un fort immobilisme de la population et qu’une sorte chape de plomb pesait sur le pays. Selon eux, la jeunesse était endormie, comme anesthésiée par les séries télévisées et le foot, dénuée de toute conscience sociale et politique. Ce n’était pourtant pas ce que j’avais perçu en tchatchant sur les réseaux sociaux. Du coup, l’émergence de cette résistance civile a été une bonne surprise.

Le mouvement est-il réellement parti de considérations environnementales ?
Oui. A l’origine, il s’agit bien de défendre ce parc, l’un des tout derniers d’Istanbul, au cœur du centre le plus connu. Ce qu’on sait moins, c’est que dès 2008, un petit noyau de militants s’était mobilisé, refusant que soit construit à la place un centre commercial de plus. En mai dernier, ils se sont massés sous les arbres et ont campé sur place. C’est l’irruption de la police et des bulldozers qui a créé un mouvement de révolte beaucoup plus large, une forte indignation. D’autant que parmi ces militants, il y avait Sırrı Süreya Önder, un député du parti pro-kurde ( DTP/BDP ) qui est également un grand scénariste. Celui-ci a alerté l’opinion publique. D’où ce rassemblement massif, le 28 mai. Une véritable avalanche qui a couvert toute la Turquie, avec des manifestations dans 77 villes.
En fait, cette atteinte au parc Gezi a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase : très vite, la contestation s’est étendue à toutes les décisions du gouvernement au cours des deux dernières années.

Il y a un mouvement écologiste fort en Turquie ?
Les militants écologistes ne sont pas très nombreux, mais ils sont très actifs et ont résisté déjà à plusieurs projets : il y a plus de 25 ans, contre la construction d’un grand complexe touristique à Dalyan, près de la baie d’Ölü Deniz où des tortues marines (caretta caretta) viennent pondre leurs œufs. Ils dormaient sur place, et avec l’aide des habitants, ont réussi par leur ténacité à stopper ce projet. De même, dans les années 90 et pendant sept ans, avec les villageois autour de Bergama (Pergame), ils se sont battus contre les procédés de la firme Eurogold qui exploitait une mine, en utilisant le cyanure pour l’extraction, empoisonnant l’eau des villages. Depuis, les actions en justice et les expertises se succèdent. Par ailleurs, contre la construction du centre nucléaire à Akkuyu (Mersin), sur la côte méridionale, ils ont déjà collecté plus de 200 000 signatures. Plus récemment, ils se sont mobilisés contre la construction du troisième pont à l’embouchure du Bosphore sur la Mer Noire, un endroit bordé d’une forêt protégée assez dense, où des milliers d’arbres ont commencé à être coupés en vue de ces travaux, le pont devant être prolongé par une autoroute. Et un peu plus loin, il y a également le chantier du troisième aéroport d’Istanbul… Peut-être ces équipements sont-ils nécessaires mais ils font l’objet de décisions d’une rapidité incroyable et de tracés qui ne sont précédés d’aucune concertation. C’est la même chose avec le canal d’Istanbul, décidé en 2011, destiné à la circulation de bateaux de fort tonnage, entre la Mer Noire et la mer de Marmara. Parallèle au Bosphore, il est censé passer au milieu de la forêt de Belgrade, risquant de polluer les réserves d’eau douce qui s’y trouvent. Là encore, des milliers d’arbres séculaires pourraient être abattus ; En fait, Istanbul devient une ville-béton où sortent de terre des nouveaux quartiers ultra-modernes, faits de gratte-ciels et de centres commerciaux.

Ce gouvernement a-t-il un ministère de l’Environnement ?
En 2005-2007, j’avais consulté des rapports du ministère de l’Environnement et des Forêts (ndlr : réintitulé en 2011 ministère de l’Environnement… et de l’Urbanisation) que j’avais trouvé très intéressants. Mais des collègues m’ont expliqué que d’une certaine manière, il s’agit d’une façade. D’un côté, il y a ces rapports, de l’autre, le ministère laisse massacrer les forêts. Il a ainsi autorisé la construction de maisons au cœur de la colline Çamlica, dite colline des amoureux, connue pour le point de vue qu’elle offre sur Istanbul, mais aussi pour ses pins et autres essences. C’est là que la mère d’Erdoğan a une maison, cachée par les arbres… Pire, c’est sur cette même colline que le premier ministre veut bâtir une nouvelle mosquée aux dimensions colossales. Ce qui heurte la population, c’est que le gouvernement, s’appuyant sur le fait qu’il a obtenu la majorité aux dernières élections, s’accapare des biens publics, sans demander l’avis de quiconque.

La sensibilité à l’environnement va donc au-delà des militants écologistes…
Cette conscience écologique était déjà très présente au sein de la population, notamment chez les jeunes générations sauf que, jusque là, les gens se taisaient. Les Turcs sont patients !
Dans les années 50 déjà, beaucoup d’espaces naturels ont été défigurés. Mais ce qui s’exprime aujourd’hui à travers cet élan, ce ras-le-bol des atteintes aux paysages et aux ressources naturelles, c’est l’aspiration à une démocratie plus participative et à la prise en compte des différentes sensibilités de la population.

C’est là un phénomène qui semble toutefois très urbain. Qu’en est-il dans les campagnes ?
D’abord, dans bon nombre de villages, il y a des problèmes de santé humaine due à des pollutions, ce qui a, là aussi, provoqué une prise de conscience quant à l’importance de la qualité de l’environnement. Ensuite, il y a des problèmes spécifiques à l’agriculture. Je me demande si le gouvernement n’est pas en train de détruire ce secteur. Il faut dire que le parti au pouvoir privilégie le commerce, les finances, les PME. Certes, il soutient l’agriculture biologique et travaille actuellement à établir des normes de qualité sanitaire ainsi que des bonnes pratiques agricoles, mais sans donner aux agriculteurs les moyens de les mettre en œuvre, que ce soit en termes de formation, ou d’accompagnement technique. De plus, il a supprimé des soutiens agricoles existants, que ce soit pour garantir des prix ou pour l’aide directe au revenu. Cette dernière avait été adoptée, avec l’aide de subventions européennes, dans le cadre du processus d’harmonisation avec la PAC. Ces aides directes ont produit des résultats intéressants mais il y a eu également un effet pervers : un certain nombre de gens qui avaient émigré des campagnes depuis une trentaine d’années et qui n’étaient donc plus producteurs en ont bénéficié. Reste que le montant global de ces aides a diminué de 50% en 2013, ce qui a indéniablement provoqué le mécontentement des agriculteurs.

Revenons au Parc Gezi. La symbolique de l’arbre est très puissante. A-t-elle une place particulière dans la culture turque ?
Je ne saurais vous dire. Il y a en tout cas de nombreux textes littéraires qui parlent des arbres (Ndlr : lire l’article "Je suis un noyer"). Dont ceux du grand poète Nâzïm Hikmet qui se comparait notamment à un platane et qui écrivait « Vivre comme un arbre seul et libre, vivre en frères comme les arbres d’une forêt ».

Avec Selma Tozanli, lire également  :

- « La Turquie, une porte ouverte sur l’Orient : fardeau ou ferment pour l’Europe agricole ? », café-débat de Marciac en 2006.

- « Le pourtour des regards : de quelle Méditerranée se réclame-t-on ?", une table ronde dans le cadre des 16èmes Controverses de Marciac 2010.

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