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LES NOTES DE LA MISSION AGROBIOSCIENCES
POUR L’ECLAIRAGE DE LA DECISION PUBLIQUE
AVRIL 2008  
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Pesticides ? Même pas peur !
Pourquoi les risques liés aux pesticides
peinent-ils à mobiliser l'opinion publique ?


Telle était la question que se proposait d'instruire la Conversation de la Maison Midi-Pyrénées du 18 janvier 2008. Organisée avec l'Agence Française de Sécurité Sanitaire de l'Environnement et du Travail (Afsset), cette séance s'est attachée à comprendre quels sont les ingrédients qui favorisent ou déclenchent une crise majeure au sein de l'opinion publique, en prenant l'exemple des pesticides. La Mission Agrobiosciences vous propose dans cette lettre une note de synthèse des arguments et issues soulevés par cette séance.

Alors que la France se hisse au 1er rang européen des utilisateurs d’herbicides, fongicides et insecticides, que de fortes incertitudes pèsent sur la toxicité de ces cocktails chimiques et que des associations lancent régulièrement des alertes sur le thème du scandale français et du « Silence, on nous empoisonne », comment expliquer que nous n’assistions pas à une mobilisation collective ? Aux lendemains du Grenelle de l’environnement, peut-on penser que cette relative indifférence à l’égard des pesticides perdurera dans les années à venir ?

Plusieurs arguments éclairent les raisons actuelles d’une telle acceptabilité sociale en France. D’abord perçu pour l’environnement, le risque associé aux pesticides serait, au sein de l’opinion publique, faiblement relié à la santé humaine, excepté pour les principaux utilisateurs que sont les agriculteurs, notamment en raison de la complexité des variables à intégrer pour publier de telles études épidémiologiques.
Ensuite, loin de faire appel à l’irruption d’une nouvelle technologie, les pesticides sont d’usage ancien. Une banalisation d’autant plus probable que nous avons le souvenir de traitements domestiques plus toxiques que les phytosanitaires actuels, comme les pulvérisateurs Fly-Tox à base de DDT. Ainsi que le rappelle Jean-Pierre Cravedi (1), nous avons tous une certaine "culture" du pesticide. Ce qui, toujours selon ce chercheur, n’empêche pas que ce dossier comporte des éléments anxiogènes, dans la mesure où les évaluations actuelles, y compris dans le cadre des AMM (Autorisation de Mise sur le Marché), ne permettent  pas de répondre aux questions que se posent les consommateurs : est-ce qu'ingérer des traces infimes de pesticides pendant toute une vie peut avoir un impact sur leur santé et sur celle de leurs enfants ?

De son côté, Patrick Denoux (2) insiste sur les représentations associées aux pesticides et aux risques qui leur sont liés : une nocivité perçue non pas comme intrinsèque aux produits mais liée à leur utilisation, d’où un sentiment de maîtrise à travers les procédures d’homologation et un certain nombre de précautions d’usage. P. Denoux relève également que le champ sémantique rattaché aux pesticides relève de l’internalité (organiques, volatiles, fluides…), à l’inverse des conceptions que nous avons de l’amiante (inorganique, permanente, solide..). Des pesticides plus proches de l’humain, donc, et renforçant notre sentiment de contrôle, de la prise de risque assumée et d’une dangerosité « agie ». Dans nos cultures, cet imaginaire est ainsi bien moins anxiogène que celui dont relève l’amiante, à la dangerosité subie.
Quant à la peur ou non du produit, celle-ci ne serait pas déterminante dans le déclenchement ou non d’une crise, toujours selon Patrick Denoux. La condition culturelle pour qu’une crise émerge serait en bien plutôt liée aux dissonnances des positionnements des usagers, entre le sentir, le faire et le penser. Autrement dit entre le registre affectif (la peur), cognitif (la conscience de l’existence d’un risque) et comportemental (la prise de risque).

Des hypothèses qui permettent de dessiner des issues nouvelles : il serait vain d’agir sur la peur ou l’absence de peur. En revanche, « il conviendrait de limiter l'illusion de maîtrise très prégnante dans notre culture. Nous sommes en effet obsédés par l'idée qu'on pourrait ne pas contrôler ce qui va advenir, et c’est alors pour nous fortement générateur d'angoisse. Il nous faudrait également admettre qu'évaluer le risque ne conduit pas nécessairement à le réduire. Et que le maîtriser peut même, paradoxalement, l'accroître. Bref, si l’on souhaite réellement agir en matière de contention du risque, l’une des démarches les plus pertinentes serait d’élaborer une véritable éducation à prendre des risques.»

(1) directeur du laboratoire Xénobiotiques du centre Inra Toulouse et expert auprès de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA).

(2) professeur des Universités en psychologie interculturelle, Université d’Amiens.

Accéder à l’intégralité de la restitution de cette Conversation.

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